Cor., VII
8. Hermas, Pastor, Mand., IV, i, donne le mariage comme un moyen de se garder de la fornication et de l'adultère ; il suffit, dit-il, de songer à sa propre femme pour éviter de pécher. Athén., Leg., 33, reconnaît la légitimité du mariage, ou, du moins, affirme que les chrétiens le pratiquent; mais il ajoute aussitôt que beaucoup d'entre eux, hommes et femmes, vieillissent dans le célibat, pour rester plus intimement unis à Dieu : èÀ-nio: toû [x5)Aov u'jvsïîiBai
9. Clém. Alex., Strom., III, 2, 80 et s., s'élève contre les impies qui prc-
des hommes qui, prenant selon leur sens strict et leur esprit réel les prescriptions primitives, vouèrent à la chair et à ses œuvres une haine sauvage; il la poussèrent parfois jusqu'à la mutilation '. En même temps, il naquit dans TÉglise une terreur et une horreur de la femme, qui la conduisirent à prendre contre elle des précautions
tendent que les relations sexuelles sont une invention de Satan; telle est, ajoute-t-il, l'opinion de Tatien dans son traité Ilspi toû y.axà tov Swxf.pa xaxap- Tiafxoû. Confirmé par Aug., De haeres., XXV. — Certains hérétiques se fondaient, pour exclure le mariage, sur un mot attribué à Jésus par VÉvangile selon les Égyptiens : « Je suis venu détruire les œuvres de la femme » (Clém. Alex., Strom., III, g, 63). Saturnin, Marcion, Cassien, Basilide, soit au nom de la pureté, soit au nom du salut, repoussaient de même le mariage : Irénée, Adv. omnes liaer., I, 28, i ; Çlém. Alex., Strom., III, i, i et s.; III, 3, i2-i3; III, 3, gi. On puisait dans VEvangile des textes qui pouvaient être interprétés dans le sens de la restriction absolue : Clém. Alex., Strom., III, 12, 86; 14, g4; i5, g6; le livre III des Stromates est d'ailleurs le document essentiel à consulter sur ce sujet, auquel Clément s'est attaché avec beaucoup de zèle. — Un argument suprême demeurait en réserve pour les récalcitrants : le Seigneur ne s'est pas marié; il faut l'imiter, car il a montré ainsi l'exemple à suivre : Clém. Alex., Strom., III, 6, ig.
I. Le cas d'Origène est bien connu, mais la tendance qui le poussa à se mutiler se retrouve parmi les fidèles longtemps après lui ; au temps de Tertullien, elle était très affirmée chez certains chrétiens, si nous en jugeons par sa polénmique contre Marcion, par sa propre doctrine et surtout par le mal que se donne Clément d'Alexandrie pour combattre les exagérés, au livre III de ses Stromates. — Les Actes des SS. Nérée et Achillée sont, sur cette question, extrêmement instructifs. Les deux saints s'efforcent d'incliner leur jeune maîtresse Domitilla à repousser le mariage qu'elle va contracter avec Aurélien qu'elle aime ; elle croit, en ce cas, ne pouvoir rien faire de plus agréable à Dieu que de l'épouser; et eux de lui représenter la triste situation d'une femme mariée, qui perd à jamais son beau nom de vierge; ils lui décrivent la grossesse et ses misères, d'une manière extraordinairement réaliste et ils chantent un éclatant éloge de la virginité, reine des vertus, qui ne le cède qu'au martyre (p. 4 et ss. du texte grec donné par Achelis, Text. u. Unters., i8g3). C'est un véritable plaidoyer en faveur de la virginité et il réussit, car Domitilla renonce au mariage et meurt martyre. Il est vraisemblable que l'original grec que nous possédons ne remonte pas au delà du v<= siècle (Achelis, op. cit., pp. 66 et s.), néanmoins nous pouvons considérer que nous avons, dans ce curieux morceau, l'ensemble des arguments à la fois mystiques et très humains que faisaient valoir les adversaires chrétiens du mariage. L'hagiographe place le discours de ses deux saints et l'aventure de Domitilla sous le règne de Domitien, mais le fonds n'était particulier ni à cet âge ni à ces personnages et le rédacteur des Actes pouvait exprimer encore une part de ses propres idées en les mettant dans la bouche des deux confesseurs. 11 est également probable que le traité perdu de Tertullien De angustiis nuptiarnm, dont nous parle Saint Jérôme [Ep., XXVIII, Ad Eust., et Adv. Jov., I, i3), en développait de semblables. Nous les retrouvons, plus ou moins complètement, ailleurs : Hier., Ep., CXXllI, 5, Ad Ageriichiam : Uxor alligataest viro et viruxori alJigatus est : in tantum ut sui corporis non habeant potestatem et alterutrum debitum reddant. Ncc possint habere pudicitiae libertatem, qui serviunt dominatui nuptiarum. Ep., XXII, 21 : Quae nupta esi, cogitât quae sunt mundi, quomodo placeat viro. Ibid., 22 : aut oramus semper et virgines sumus; aut orarc desinimus. Zeno, I, Tractât., V, De contin., 1 et 6, oppose de même l'indépendance de la vierge à la condition inférieure de la femme mariée et il s'indigne de voir tant de femmes se jeter dans le mariage avec ardeur. Cette ardeur n'était pourtant pas gcné-
infinies ; il est écrit, en effet, que l'aspect de la femme a perdu bien des âmes {EccL, IX, 9 ').
Tertullien parle donc selon Tesprit du christianisme et ne fait guère que commenter Saint Paul ^ lorsqu'il dit que la chasteté absolue est plus agréable aux yeux de Dieu que le mariage \ Cependant il est obligé, sous peine de s'avour en contradiction avec l'Apôtre et avec la loi de Dieu, de déclarer que le mariage n'est pas défendu, qu'il est même un bien *; mais, à côté de ce bien, il en est un plus haut et c'est, de toute évidence, celui que
raie, car Chrysost., Devirgin., 10, défend le mariage contre les femmes qui le repoussent avec horreur; les conciles du iV siècle sont obliges de prendre des mesures dans le même sens : Le Blant, De quelques principes sociaux rappelés par les conciles du iv^ siècle. Les Acta SS. Saturnini, Dativi, etc. (Ruinart), nous relatent une anecdote caractéristique à ce sujet : la vierge Victoire a fait vœu de chasteté ; comme ses parents veulent cependant la contraindre au mariage, elle préfère mourir et elle se précipite d'une fenêtre; elle tombe miraculeusement sans se blesser et se réfugie dans l'église. Ainsi une chrétienne, placée entre deux crimes, le suicide et le mariage, peut croire qu'elle choisit le moindre en acceptant le suicide.
I. De Cultu femin., I, i : Tu es diaboli ianua, tues arboris illius resignatrix, tu es divinae legis prima desertrix, tu es quae eum suasisti quem diabolus aggredi non valuit. — Ces mots expriment à merveille le sentiment que la puissance de la femme mit aux cœur des rigoristes chrétiens; de tous temps, les Pères et les docteurs mettent les fidèles en garde contre elle; je ne prétends donc pas réunir ici tous les textes intéressants; voy. cependant Clém. Rom., {ï).Ep. II ad Virgines, i : 2 ; 5 ; 9-11 ; i3 ; i5, qui commente par des exemples le mol dQVEcclesiaste, IX, 9 : propter speciem mulieris multi perierunt ; et qui donne des conseils précis pour éviter un pareil sort. Théophile, Ad AutoL, II, 28, affirme que c'est par Eve que le démon a perdu Adam et que c'est encore de la femme qu'il se sert le plus sûrement toutes les fois qu'il veut corrompre les hommes. L'idée d'un semblable péril se retrouve chez Tertullien (De Cultu fem., I, I ; De virgin. vel., passim.), chez Clément d'Alexandrie {Pedag., IH, II, 82 ; dans Pedag., Il, 7, 64, il indique les précautions à prendre) ; chez Saint Ambroise (Apologia David secunda, III, 12, i3 et 14); dans les Constitutions apostoliques. H'iéron., Ep., XXll, 11 : Omnis igitur adversus viros diaboli virtus in lumbis est; omnis in umbilico contra feminas fortitudo. Suivent les exemples classiques : Samson, David, Salomon; dans Ep., LU, 5, Ad Nepotianum, conseils pratiques à un prêtre. — Les conciles des premiers siècles multiplient les recommandations et les prescriptions relativement aux femmes. Le concile d'Elvire, par exemple, nous donne l'impression d'une société dans laquelle les femmes sont le centre de toutes les préoccupations morales : elles n'emplissent pas moins de 29 canons sur 81, particulièrement XXVII; XXXV; LXXXI, ap. Mansi, II, pp. 10 et s. Voyez de même : Conc. Neocaesarense (314), ap. Mansi, II, pp. SSg et s. (8 canons sur i5); Conc. Laod., not. can., XLIV, ap. Mansi, II, p. Syi ; Conc. Nicaen., III, ap. Mansi, II, p. 669.