‹ TertullienChapitre 279 sur 561 · De monog · texte numérisé non relu

De monog

4. Adv. Marc, I, 29 :... servantes et bonum et melius pro viribus cuiusque sectando.

5. Les chrétiens zélés trouvaient, d'ailleurs, dans une conviction semblable, les arguments les plus spécieux pour justifier leur éloignement du mariage; voy. partie. : August., De bono couJ!/g.,XY, 1 7 ; Jadis les Patriarches ont pu avoir des concubines, mais il fallait peupler la terre; aujourd'hui, les nécessites ne sont plus les mêmes, il est donc inutile de presser la génération. D'ailleurs, le même S. Augustin nous dit {De bono conjug., II, 2) que, de son temps, il se trouve des hommes qui prennent le précepte : Crescite et miiltiplicamini dans un sens figuré... provectu mentis et copia virtutis intelligatur, sicut in P^salma positum est : multiplicabis me in anima mea virtute {Psalm., CXXXVII, .->).

6. De monog., 7 : le précepte est devenu inutile : evacuavit extremitas temporum. .i

car, c'est Clément d'Alexandrie qui le dit, les familles ne reposent que sur la génération et la cité n'a d'autre appui que les familles '.

IV. — Il est cependant essentiel d'examiner en elle-même la concession queTertullien fait aux faibles de cœur, car, si le monde ne finit pas encore, elle peut avoir, dans la pratique, des conséquences très graves. Il est clair qu'en admettant, en principe, la légitimité canonique du mariage, TertuUien est obligé de le concevoir suivant un type qui s'éloigne assez sensiblement de l'usage païen. La foi qu'il avait dans la mort imminente du monde humain et le dédain foncier qu'il professait pour les œuvres de la chair, l'ont malheureusement détourné de cette question primordiale du mariage chrétien et c'est à peine si nous entrevoyons ce qu'il en pourrait penser, s'il croyait utile de s'y arrêter.

D'abord, il veut que le mariage soit libre de contrainte, bien qu'à ses yeux une union forcée soit tout de même indissoluble '. Il veut qu'il soit contracté avec l'autorisation du chef de la famille ^ et qu'il soit patent '', c'est-à-dire consacré par l'Église. Est-ce déjà le véritable sacrement de mariage qu'exige TertuUien ? Je crois exagéré de l'affirmer \ Peut-être ne s'agit-il que d'une simple approbation de l'évêque, d'-une déclaration d'union prononcée, sous une forme quelconque, devant les fidèles assemblés ^. Toutefois, il est clair qu'une prière pour la prospérité des nouveaux mariés s'imposait,

1 . Clem. Alex., Strom., III, i5, 97 : Oîxo; asv j-to ïy. ysvou; auvlaxatai, -iioXsiî 5à i\ oi'xtDv.

2. Adv. Marc, IV, 34 :. . . quod si ex violentia coactum matrimonium stabit, quanto magis ex convenientia voluntarium? —Je ne crois pas exagéré de voir dans cette phrase un blâme indirect du mariage ex violentia contractum ; ce blâme me paraît suffisamment affirmé par l'opposition avec le matrimonium voluntarium. L'idée n'est pas explicitement exprimée ; je ne fais donc qu'une

hypothèse.

3. Ad uxor., II, 9 : nec in terris filii sine consensu patrum recte et iure

nubunt.

4. De pudic., 4 : Ideo pênes nos occultae quoque coniunctiones, id est non prius apud Ecclesiam professae, iuxta moechiam et fornicationem iudicari periclitantur.

5. Ainsi que le fait, par exemple, Kraus, Hist. de l'Eglise, I,p. 365 de la trad., sans, d'ailleurs, citer le texte de TertuUien sur lequel il prétend s'appuyer : évidemment il s'agit, pour lui, d'une impression plus que d'une opinion solidement

documentée. -

6. D'après, Ignace, Ad Polyc, c'est sans doute ce qui se passait dans 1 Lglisc primitive : IIoe'ttcI ôè Tot; yaaoùji xai lat.; Ya|jLO!Jii.£vai; [xsxà pôiar,; toû èittaxôirou TTv Ivwsiv TOuTseat, l'va 6 yâaoî ^ xaTà Osôv, xal [A-h xax' £T:i9u(i.tav. C'est ce que paraît impliquer également Ad uxor., 11, q : Unde sufficiamus ad enarrandum felicitatem eius matrimonii quod Ecclesia conciliât et confirmât oblatio et désignât benedictio.

ainsi que la bénédiction de Tévêque sur eux ' et, de cette double cérémonie à la constitution d'un rituel spécial, il n'y avait qu'un pas à franchir ; rien, dans le texte visé, ne nous autorise à dire qu'il fût déjà franchi \ Le mariage que l'Église ne connaît pas risque d'être confondu avec la fornication; c'est pourquoi il faut éviter l'union secrète \

Le but du mariage c'est, à n'en pas douter, la procréation des enfants ''; il ne saurait y avoir d'autre excuse à la tolérance qu'accorde Tertullien, en stricte observance des préceptes apostoliques, à moins que les époux, satisfaits de vivre ensemble et de s'aimer pudiquement, conviennent de garder la chasteté dans la vie commune \ Il ne saurait être question chez Tertullien du mariage considéré comme une sorte de légalisation des appétits sexuels,

1. D'abord c'était logiquement indispensable, étant donné lesprit religieux des chrétiens, puis cela peut à la rigueur se conclure du mot d'Ignace. . . "va ô yifxo; r| xaxà Ô^ôv... et du texte précité : Ad uxoi-., U,g.

2. Je me tonde d'abord sur le texte même du De piidicitia, qui ne parle nullement d'un sacrement, mais seulement de noces professées devant l'assemblée des fidèles, devant l'Eglise: prius apud Ecclesiam professae; Tertullien aurait certainement employé des expressions plus précises si le sacrement avait dès lors existé. — Je me fonde ensuite sur un texte de l'^l^)'. Marc, V, 18, où Tertullien commente Ephes., V, 3i et s. ; il traduit ainsi : Propter hoc relinquet homo patrem et matrem et erunt duo in carnem unam. Sacramentum hoc magnum est, ego autem dico in Christum et Ecclesiam. Il cite probablement par cœur, car il laisse tomber des mots : xal liposxo)»- >iT,6T,ffiTai Tipà? XT,v yjvaïxa aùxoG, que la Vulgate traduit : et adhaerebit uxori suae. Peu importe d'ailleurs; mais il convient de remarquer qu'il rend, par sacramentum, le mot grec ixua tt, pio v, lequel implique l'idée de secret divin, nullement de sacrement, au sens qu'a ce mot dans le rituel. 11 ne serait certes pas impossible de lui prêter son sens païen de cérémonie secrète, qui reviendrait un peu au même, mais il faudrait alors supposer que le sacrement de mariage est d'institution apostolique et ce serait aller un peu loin. L'usage — qui s'est maintenu — de traduire, dans le passage en question, [j.uTTr|ûtov par sacramentum ne se serait pas établi dès Tertullien, s'il y avait eu, dès lors, une distinction à établir entre le mvstère divin et une cérémonie destinée à l'exprimer. — Je me fonde encore sur un texte de S. Augustin, De bono conjiig., V, 5 : l'auteur considère comme un mariage une union fondée uniquement sur un amour physique fidèlement gardé, sans que les conjoints fassent effort pour éviter les enfants, opère aliquo malo ; un tel langage me semble incompatible avec l'existence canonique du sacrement de mariage.

3. De piidic, 4... semetipsum adultérât et stuprat qui aliter quam nuptiis utitur. Ideo pênes nos occultae quoque coniunctiones id est non prius apud Ecclesiam professae iuxta moechiam et fornicationem iudicari periclitantur, Nec inde consertae obteutu matrimonii crinien éludant.

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