‹ TertullienChapitre 280 sur 561 · Adv. Marc, IV · texte numérisé non relu

Adv. Marc, IV

5. Ad iixor., passim, not. I, 5. August., De bono conjiig., III, 3, se montre très partisan de ces unions constituées en dehors de tout appétit sexuel. . . propter... naturalem in diverse sexu societatem; c'est-à-dire à cause du plaisir que les hommes et les femmes éprouvent naturellement à vivre ensemble.

car c'est précisément parce qu'il est cela qu'il lui paraît être une fornication déguisée'.

Il n'est point homme à multiplier les concessions, c'est pourquoi il penche pour le mariage unique, car il lui semble qu'il doit suffire à un homme d'avoir cédé une fois à la chair. Nous touchons aune grosse question, celle des secondes noces; elle a beaucoup préoccupé Tertullien ^ et les chrétiens des premiers siècles. Il était chrétiennement logique de concevoir que l'union matrimoniale fût absolument indissoluble et que la mort même ne pût la rompre ; un des conjoints, pour avoir subi la transformation qui mène de cette vie dans une meilleure, n'en demeurait pas moins, avec l'autre, dans le même rapport que durant la vie terrestre; un jour devait venir, où la mort frapperait le survivant à son tour et où les époux seraient réunis dans l'éternité. Il y a quelque chose de très choquant à imaginer un homme escorté dans l'autre vie de deux ou trois femmes également légitimes ; ou une femme entourée de ses maris successifs. En d'autres termes, la foi en une vie d'outre tombe et la croyance en l'indissolubilité du lien matrimonial devaient conduire les chrétiens — semble-t-il — à la monogamie absolue. Seulement, à côté de la foi et de sa logique, il fallait tenir compte de la nature humaine et de ses faiblesses. Un homme et une femme devenaient veufs alors qu'ils étaient encore jeunes ; selon le mot de l'Apôtre, ils se sentaient brûler, la fornication les guettait ; n'était-il pas prudent de leur appliquer le précepte apostolique : « Mieux vaut se marier que brûler » et de les pousser au mariage ? Tertullien éprouve de grandes répugnances à faire une telle concession : son rigorisme personnel ne l'y porte pas; mais il faut bien dire qu'il n'est pas seul de son avis et que l'opinion qu'il exprime est courante de son temps, parmi les chrétiens. L'Apôtre

1. Il est à peine besoin de faire remarquer que cette manière de concevoir le mariage, comme uniquement destiné à la procréation des enfants, était un recul sur la doctrine S. Paul, laquelle n'est guère que le développement de cette sentence : « ne vous refusez jamais l'un à l'autre. » (/ Co7-., VII, 5 : r^ix àTTOffTepsÏTE àX)vr,)vOu;). L'Eglise s'arrêtera à une conception moins intransigeante, dont on trouve l'expression chez S. Augustin, lequel, d'ailleurs, pourrait sembler aux hommes rigides d'une tolérance excessive. Voy. partie. De bono conjug., "V, 5, où il assimile au mariage l'union fondée uniquement sur l'amour physique tidèlement gardé de part et d'autre : il n'est pas même nécessaire de désirer des enfants et il sufllt de ne rien faire de mal pour n'en pas avoir. S. Augustin donne même le pas à une telle union, sur un mariage régulier dans lequel la femme, par exemple, exerce une contrainte lubrique sur la chasteté de son mari.

2. Le liv. ! de VAd iixor. tourne autour de cette question tout entier ; Tertullien écrit à sa femme pour l'engager à ne pas se remarier s'il meurt le premier.

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âvaît autorisé les secondes noces ', mais en le présentant comme un droit strict, dont il vaudrait mieux ne pas user. A s'en tenir aux commentaires de son précepte, que les chrétiens des premiers âges lui attribuaient, il ne les tolérait que comme un moyen d'échapper aux embûches de Satan \ Athénagore, qui n'est pas en général intransigeant, l'est extrêmement sur cette question : les secondes noces, à ses yeux, ne sont qu'un adultère déguisé, qui dissout l'union indissoluble de la chair unie \ Les montanistes et les cathares n'ont pas eu besoin de dire davantage ^ Il n'est donc pas nécessaire d'arguer du montanisme de Tertullien pour expliquer qu'il ait pris parti dans le débat ainsi qu'il a fait. Ses idées, qui sont déjà à l'état sporadique dans VAd uxorem ^ et dans le De monogamia, se trouvent réunies et classées dans un traité spécial, le De exhortatione castitatis. Il existe — y est-il dit — trois moyens de se sanctifier ici bas : ou rester vierge, ou, étant marié, s'abstenir de sa femme, ou ne pas se remarier, si elle vient à mourir. Strictement, Dieu permet les secondes noces, mais une permission n'indique pas toujours la pure et absolue volonté de celui qui permet; or, nous devons toujours faire ce que Dieu désire le plus et une chose, qui n'est bonne que par comparaison avec un mal, ne saurait être un grand bien ^. Ce n'est pas commettre un péché que de se remarier, puisque Dieu y consent, par la bouche de l'Apôtre, mais c'est faire œuvre agréable au Seigneur que de s'en abstenir ', Dieu n'a-t-il pas marqué sa volonté véritable en ne donnant qu'une femme à Adam ? Pourtant Adam avait plusieurs côtes et Dieu est infatigable \ Les patriarches ont eu successivement, parfois même simultanément, plusieurs femmes, mais cela ne s'est vu que par simple tolérance de Dieu, afin que le monde fût peuplé plus vite ; cette tolérance a été depuis longtemps retirée aux hommes, car elle est devenue inutile ". Autre preuve : la tradition ne veut-elle pas qu'un laïque ne puisse être élevé au sacerdoce s'il a contracté plus d'un mariage? C'est qu'au fond un second mariage n'est qu'une fornication déguisée : une femme n'y arrive que par la parure et les ornements artificiels, tous instruments de fornication '". Le

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