Conc. Gangr., can. XV
3. Cypr., Ep. spuriae, IV, à Turasius, sur la mort de sa fille; le bon évoque — si la lettre est de lui — finit par dire des horreurs, par exemple que la vieillesse de Turasius se trouve soulagée d'un fardeau... Commodicn, Instr., II, XXXII, 7, déclare qu'il ne faut point pleurer les enfants, comme le font les païens. August., Confess., IX, 12, 33, avoue que, convaincu que sa mère n'était pas morte, il ne l'a pas pleurée une heure quand il l'a perdue. Hieron., £■/>., XXXIX, 5, Ad Paulam super obitiifiliae, développe un thème analogue: Detestandae sunt istae lacrymac, plenae sacrilegio, incredulitate plenissimae.
diminua nécessairement le nombre de ses adeptes. Il y eut donc toujours des familles chrétiennes, où se fixèrent peu à peu les principes qui servirent à reconstituer la famille après le triomphe de ceux qui croyaient à la vie du monde. Ces principes se précisèrent empiriquement, par une sorte de compromis entre les usages courants et la morale chrétienne. Autrement dit, les fidèles, conservant, en somme, les cadres civils de la famille romaine, en laissèrent tomber tout ce qui touchait à l'idolâtrie, toutes les pratiques et tous les vices que blâmait leur loi. Les adversaires de la vie de famille, Tertullien lui-même, contribuèrent, sans le vouloir, à fonder la famille chrétienne, en ce sens qu'ils se prononcèrent nettement sur tout ce qu'ils jugeaient condamnable dans la famille romaine et en vinrent à exprimer, sur la véritable morale familiale, des opinions qui ne demandaient qu'à devenir des préceptes. Imbus qu'ils étaient du droit romain, ils n'en ont point rejeté les principes, non seulement parce qu'ils n'ont pas jugé à propos de s'occuper d'eux directement, mais encore parce qu'ils n'étaient pas, en la matière, foncièrement anti-chrétiens. C'est donc la pratique qui a préparé le compromis que l'État a consacré et légalisé, quand il a été chrétien à son tour. Si Tertullien pouvait, un instant, déposer ses préoccupations ordinaires et s'il condescendait à fonder théoriquement la famille chrétienne, il est probable qu'il nous la décrirait à peu près telle qu'elle s'est en effet constituée ; mais un Romain, qui devait s'en tenir aux idées que Tertullien exprimait réellement, et non à celles qu'il aurait exprimées s'il avait pu se persuader que son point de départ était erroné, les jugeait éminemment subversives, parce qu'elles n'allaient à rien moins qu'à arrêter la vie.
1. Le principe et la répartition de la propriété dans l'Empire; la question sociale. — II. Le christianisme primitif et Tinégalité des fortunes. — III. Doctrines de Tertullien sur la propriété et sur la richesse. — IV. Evolution des idées chrétiennes et doctrines de l'Eglise sur le même sujet.
L — Dans la vieille cité romaine, la propriété était liée en principe à la famille, elle avait, par conséquent, un caractère collectif; c'était certes un collectivisme restreint et foncièrement égoïste, mais d'un égoïsme à plusieurs et qui s'étendait à tous les membres de ce petit tout : la gens '. Au fur et à mesure que la raison d'être de la gens avait été moins comprise, pour être finalement oubliée, les caractères religieux et familiaux de la propriété s'étaient modifiés, et, peu à peupla distinction essentielle du mien et du tien était devenue le fondement de la propriété, désormais de type individuel. Au-dessus de tous les débris des usages anciens et des croyances disparues, ce caractère individuel de la propriété s'affirme avec force dans l'Empire. La loi n'offre réellement plus d'obstacles au transfert de la propriété d'homme libre à homme libre; l'échange, l'aliénation, le partage sont subordonnés uniquement au désir de chacun, et la propriété se définit par le droit d'user et d'abuser de tout ce qu'on possède. Mais, et c'est la question qui nous intéresse, celui qui ne possède pas n'a aucun droit sur la propriété des autres. Or, dans cette société, comme dans la nôtre, la propriété est mal répartie. Un grand nombre d'hommes n'y ont aucune part, sans qu'il soit possible d'en donner d'autres raisons que le fait lui-même, car c'est bien le fait qui prime toute raison, depuis que la propriété a perdu son fondement religieux.
Il ne s'était jamais produit, dans la société romaine, d'attaques