Philostr., ApolL, I, i
2. Polybe, XV, 21 : « Dans toute guerre civile, il s'agit de déplacer les fortunes. » — F. de Coul., Cité ant., p. 410, en donne de nombreux exemples.
3. Sen., Controv., II, g, pass.; Havet, Le Christ., II, p. 232.
3l2 CHAPITRE X
aux dieux la pauvreté pour les sages et la richesse pour les autres, à condition qu'elle soit honnêtement acquise » '. Ce n'est pas compromettant. Cependant, il est un homme qui, dans ses nombreux ouvrages, est revenu sur ces questions, que nous nommons sociales, avec une remarquable insistance ; c'est Lucien, et peutêtre est-il possible de tirer de son œuvre des conclusions précises. Sans doute Lucien est un railleur, et la plaisanterie montre toujours le bout de l'oreille jusque dans les endroits les plus graves de ses écrits; il reste seulement à savoir si la plaisanterie ne vient pas quelquefois pour faire passer le reste. Il ne faut pas oublier, en effet, que les œuvres de Lucien, même celles qui furent l'objet de lectures publiques, n'étaient pas destinées au petit peuple. Si donc, à quelque moment, Lucien présente des arguments sérieux à son public de privilégiés de la fortune, s'il pose vraiment des questions, nous en pourrons peut-être conclure qu'il ne les a pas inventées et que vraiment elles existaient de son temps, car il n'aurait pas bénévolement imaginé ces sujets, qui ne pouvaient qu'être peu agréables, à ceux dont il cherchait les applaudissements.
Tout d'abord, Lucien marque, en termes très vigoureux, l'inégalité des hommes devant la richesse, et il en proclame, du même coup, l'injustice. La vie, dit Ménippe \ c'est comme une procession que règle Tyché, car c'est bien Tyché qui distribue les rôles et les costumes, sans s'occuper des personnes, au hasard, et en ne se souciant que de la variété du spectacle. Il arrive même qu'elle fasse des changements au cours de la cérémonie, mais quand celle-ci est finie, chacun rend son déguisement et alors personne ne diffère plus en rien de son voisin. Tous les hommes sont donc égaux par nature. Malheureusement les rôles de la vie ne sont point distribués au mérite; ils ne sont pas tous également avantageux, et il se trouve que le rôle du riche soit donné au plus indigne ■. Il reste bien encore ici-bas- le souvenir d'une égalité primitive, d'une abondance qui s'étalait devant tous les hommes comme un repas bien servi, mais qu'est-ce que tout cela maintenant? Contes de poètes! L'âge d'or a pris fin avec le règne de Kronos, et sous le sceptre de son fils, qui règne aujourd'hui, les pauvres, au lieu de l'âge d'or, ne connaissent plus que l'âge de plomb'. Encore les malheureux supporteraient-ils leur misère s'ils n'avaient sous les yeux le spectacle scandaleux et irritant d'une
1. Philostr., ApolL, IV, 40... TrivsTOx'. toù; so-fo-j;, toù; 5è a/.AO'Jî -)>outcÎv (lèv àôôXw; Ôé.