Michée, IV
8. C'est bien encore l'impression qui ressort de la prédication de Saint Jean- Baptiste, si nous en croyons Luc, III, 10, i5. Le Baptiste n"a pas de théorie, il n'a même pas de précepte absolu : que celui qui a deux habits en donne un à celui qui n'en a pas; que celui qui a de quoi manger partage avec celui qui
nouveaux relativement à la propriété et à la richesse? On pourrait le croire au premier abord, comme il semble que le christianisme primitif, en se conformant à la Loi nouvelle, ait été le modèle d'une société nouvelle.
Il ne faut pas oublier que la première Eglise chrétienne se trouva dans des conditions sociales assez particulières. Elle était composée de très petites gens, pauvres, Juifs pour la plupart, vivant, de ce fait, à l'écart du genre humain, et méprisés de lui. En même temps, elle était tout entière tournée vers l'autre vie et immobilisée dans l'attente de la fin imminente du monde. C'est cette position de la communauté chrétienne primitive qui a déterminé, pour ainsi dire, la doctrine sociale de l'Evangile, qui a donné à cette première Église ses caractères sociaux originaux et a, du même coup, fondé la doctrine officielle du christianisme sur la propriété et la richesse.
Ces petites gens et ces Juifs en vinrent tout naturellement, suivant leurs instincts propres et l'inspiration de l'ancienne Loi, à détester les riches qui les humiliaient; ils s'arrêtèrent sans peine, eux les élus, à cette idée que les riches ne sont pas aimés de Dieu, qu'ils ont sur terre toute leur part des biens du Seigneur et qu'ils n'auront rien ailleurs '. Vivant dans l'attente anxieuse de la fin du monde, ils se détachèrent très aisément des richesses périssables, qu'il faut laisser ici-bas "*, et ils mirent en commun leurs petites ressources, afin de subsister, sans trop de soucis, jusqu'au jour suprême \ Il se créa même une véritable administration des biens de la communauté, afin que chacun eût régulièrement sa part; les diacres furent institués pour y veiller, à la suite de quelques abus \ De la sorte, tout ce petit monde chrétien de la première heure vécut tant bien que mal ■'. Il n'y a pas, en tout cela, l'ombre d'un
n'a rien; que les publicains n'exigent pas plus qu'il ne leur est dû; que les soldats se contentent de leur solde... Il n'y a rien là que des préceptes de charité et pourtant le mouvement du Baptiste est d'esprit très populaire; il se développe parmi de petites gens et il a certainement une grande influence sur Saint Luc, le plus absolu, le plus socialiste d'apparence des Évangélistes.
1. Ces sentiments sont exprimés avec une extrême ^•iolence dans VEpitre de Jacques (not. V, i-6), laquelle est comme le manifeste de l'Église primitive de Jérusalem.
2. Remarquez que Jacques, malgré sa haine des riches, ne songe à aucune modification de l'état de choses d'ici-bas; V, 6 ; « Prenez donc patience, mes frères, jusqu'à l'arrivée du Seigneur. » — V, lo : « Prenez pour exemple de la souffrance et de la patience, les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. »
3. Actes ap., II, 44 et s. ; IV, 34 et s. ; Renan, Apôtres, p. 114.