Actes ap., VI, i et s
5. Actes ap., IV, 34, remarque qu'il n'y a pas d'indigents parmi les premiers chrétiens, parce que tous ceux qui possèdent des terres ou des maisons les
principe. Ce communisme n'est pas même strictement d'obligation '; il n'est qu'un artifice pratique d'hommes détachés d'ici-bas et très pauvres ; il n'est possible qu'avec une petite société de contemplatifs, très restreinte en nombre. De fait, dès la seconde heure, dès Saint Paul, le communisme tend à faire place au travail personnel et à la collecte '; il n'a donc duré que quelques années et dans la petite communauté de Jérusalem ^ Il ne semble pas qu'il ait soulevé la moindre protestation parmi ceux qui n'étaient pas chrétiens, et voyaient faire les premiers fidèles, ce qui prouve bien que les habitants de Jérusalem n'y ont vu que ce qu'il faut y voir, c'est-à-dire, tout au plus, l'application édifiante et utilitaire de préceptes de charité fraternelle *. Au fur et à mesure que l'Église se développa, l'édification prit le pas sur l'utilité. Tel est, à mon avis, le véritable sens du texte de la Didaché, qui, au premier abord, semble proclamer le communisme '■" : « Ne te détourne pas de celui qui est dans le besoin ; mets toutes choses en commun avec ton frère et ne dis pas que tu as quelque chose en propre. Car, si vous avez la communauté des biens immortels, à plus forte raison devez-vous avoir celle des biens mortels. » Ce n'est point là le communisme humain, car la Didaché ne s'occupe pas du siècle; c'est l'affirmation de la charité, de la solidarité chrétienne, fondée à la fois sur l'aumône, considérée comme bonne œuvre, et sur le détachement des biens d'ici-bas, qui s'effacent devant les biens d'en haut. Toutefois, il faut convenir que le Nouveau Testament renfermait quelques formules graves et inquiétantes, en ce qu'elles pouvaient être détour-
vendent et en apportent le prix aux pieds des Apôtres, afin qu'ils le distribuent à chacun selon ses besoins.
1. C'est ce qui ressort clairement de l'anecdote d'Ananias et de Saphira, rapportée aux Actes ap., V, i-i i. Cet Ananias a vendu son bien, mais il en a gardé par devers lui une partie du prix, tout en feignant de le déposer tout entier aux pieds des Apôtres. Saint Pierre lui reproche non d'avoir gardé quelque chose, mais d'avoir menti à Dieu même, en disant qu'il ne gardait rien ; l'Apôtre affirme qu'il avait parfaitement le droit de ne pas vendre sa propriété et qu'il avait de même celui d'en conserver tout le prix.
2. Voy. Actes ap., XI, 27. Dans l'Église d'Antioche, à l'annonce d'une famine, les frères se cotisent et chacun donne selon ses moyens (twv ôè [j.a9T,T(I)v y.aOw; sùiTopstTÔ Ttç), afin d'envoyer un secours à Jérusalem. 11 n'y a donc pas communisme dans cette Eglise, dès l'âge apostolique. Voy. de même les instructions précises de Saint Paul sur la collecte: I Cor., XVI, 1-4.
3. Renan, Apôtres, p. 147, p. 197 et s., dit que cette communauté ne dure que trois ou quatre ans. Dispersée vers 37, elle se reconstitue peu après, mais sa rigueur communiste est dès lors très affaiblie. Remarquez d'ailleurs que les. Actes des Apôtres parlent de tout cela au passé : Actes ap., IV, 34 et s.; II, 44^1 s.
4. Actes ap., 11,45 et s., nous montrent ces premiers chrétiens mettant leurs biens en commun, prenant leurs repas ensemble, louant Dieu et jouissant de la faveur publique : alvoûv-csç tôv Bsôv xal g/ovxî; /âptv Ttpôç oXov tôv >iaôv.
5. Didaché, IV, 8. Ce texte est de la fin du premier, ou, tout au plus, de la fin du second siècle: Batifol; L. G., p. 71-72; Harnack, G. A. C. L., I, p. 86; II, p. 428.
nées de leur sens véritable ', si seulement on les prenait au pied de la lettre, ou si on essayait de les interpréter logiquement. Il est donc naturel que les païens aient pu en être émus ^, et qu'il se soit trouvé des chrétiens pour les entendre dans un sens social. Alors que la plupart ne voient en elles, comme dans la pratique des premiers chrétiens, qu'une obligation de charité et un bel exemple de foi ^, d'autres y cherchent des préceptes sociaux et même un modèle de société. Tels sont ces hérétiques dont nous parle Saint Augustin ^ ; tels sont surtout les Carpocratiens \ A la base de toutes
!. Voy., par exemple, / Co)\, IX, 9 et s. (p. 204 de Reuss) : « Il est écrit dans la loi de Moïse : Tu ne muselleras pas le bœuf qui foule le blé. Est-ce que Dieu s'occupe des bœufs; ou bien parle-t-il exclusivement en vue de nous? Oui, c'est en vue de nous que cela a été écrit, savoir que celui qui laboure la terre et celui qui bat le blé doivent le faire avec l'espérance d'y avoir part. » Isolé, ce texte a une portée sociale incontestable ; replacé dans le développem.ent dont il fait partie (IX, 7 et s.), il est simplement destiné à établir que les Apôtres, qui sèment la bonne parole, ont droit à être matériellement entretenus par les fidèles; rien de plus. Le sermon sur la Montagne — selon la version de Saint Luc — n'a, en réalité, qu'une portée morale et Saint Augustin est tout à fait selon l'esprit du vrai christianisme quand, en rapprochant ce texte de Saint Luc de celui de Saint Mathieu sur le même sujet, il conclut à leur identité, malgré les nuances bien connues : De consensu Evangelist., I, XIX, 43 et 44; De Sermone domini in monte, I, i, 3.
2. C'est ce qui se voit chez Celse : Orig., C. Celse, VII, 18. .le relève dans les Acta SS. Phileae et Philoromi, II (Ruinart), un détail assez curieux à ce sujet; voici le texte : Culcianus (Praeses) dixit : Si scirem te indigere et sic in hanc amentiam venisse, non tibi parcerem. Sed quia multa substantiam habcs, ita ut non solum te, sed prope cuncram provinciam alere possis ; ideo parco tibi et suadeo te immolare. Il faut comprendre, je crois, que, dans la pensée du. praeses. beaucoup d'hommes ne viennent au christianisme que parce qu'ils sont pauvres. Pourquoi ? Pour se faire nourrir ? On peut admettre cette raison, mais je la crois peu vraisemblable parce qu'elle suppose une préoccupation qui doit laisser le praeses indifférent et qu'il ne saurait, en tous cas, faire un crime à personne de chercher à ne pas mourir de faim. J'expliquerais plus volontiers la pensée du juge de la manière suivante : beaucoup de pauvres viennent au christianisme, parce que c'est une religion faite pour eux et qui flatte leurs revendications; je verrais donc là comme une confirmation de l'impression de Celse sur le danger social de la prédication chrétienne. Je ne pense pas qu'il y faille chercher simplement la distinction connue entre honestior et Inimilior; les mots et sic in hanc an^ntiam venisse, ajoutent évidemment la qualité chrétienne à celle d'humilior et changent son caractère.
3. Cette idée est particulièrement mise en lumière par Saint Cyprien, qui oppose volontiers l'exemple du désintéressement et de l'ardeur de foi des premiers chrétiens, à la tiédeur et aux appétits matériels des chrétiens de son temps ; il admire leur prudence qui fuyait le danger des richesses ; il y cherche un encouragement pour la charité et l'aumône ; mais il n'attribue à leur façon de faire aucune portée sociale ; il ne préconise même pas l'imitation complète de leurs usages, encore qu'il les ait, lui, intégralement suivis. "Voy. particulièrement De opère et eleem., i5 ; De catliol. eccles. unit., 26; De lapsis, 35.
4. August., De haeres., XL : Apostolici, qui se isto nomine arrogantissime vocaverunt, eo quod in suam communionem non reciperent utentes coniugibus et rcs proprias possidcntes : quales habet catholica et monachos et clcricos plurimos; De liaeres., LUI, relève les mêmes traits chez les disciples d'Aerius.