Clém. Alex., Strom., III
choses, selon eux, Dieu a placé l'égalité et la communauté de la création tout entière; les animaux, dans leur simplicité, nous le prouvent bien, puisqu'en effet ils ne connaissent pas cette distinction du mien et du tien que les hommes ont introduite chez eux, en violation de la communauté divine. Celle-ci établissait, pour tous, égale jouissance de la terre, des richesses et des femmes, attendu que Dieu a fait la vigne et le blé aussi bien pour le passereau que pour le voleur. « Ainsi, Dieu, ayant fait toutes choses communes pour les hommes et ayant mis le sexe féminin en présence du sexe masculin pour un usage commun et ayant uni de même tous les êtres, a bien montré que toute justice était dans la communauté des biens et dans l'égalité '. » Aussi tout ce qui contrarie cette justice fondamentale, tout ce qui prétend soumettre la communauté à la propriété individuelle et supprimer le fécond désir du bien d'autrui est simplement ridicule \ Les Carpocratiens, et d'autres encore, qui pensaient comme eux, se disaient chrétiens et ils fondaient leurs doctrines sur l'Evangile ^ ; nous avons au moins un exemple caractéristique de leurs interprétations : dans le précepte « donnez à qui vous demande », ils voyaient, par exemple, l'obligation pour une femme, de se donner à qui la réclamait "*, et on nous rapporte qu'une vierge chrétienne, sollicitée dans ce sens et ne comprenant qu'à moitié ce que voulait le solliciteur, le renvoya candidement à ses parents, pour causer mariage \ Sans doute, un orthodoxe ne manque pas de textes pour établir que de telles interprétations ne sont pas selon l'esprit du christianisme, que la communauté des femmes cache mal l'aspiration à la communauté du libertinage ® et que l'obligation de secourir les frères dans le besoin n'implique pas le communisme \ Cependant, il est hors de doute qu'on peut trouver dans l'Ecriture des préceptes capables d'engendrer une révolution sociale, si on la lit dans l'esprit que j'indiquais plus haut; et, en fait, chaque fois que les hommes sont
1. Strom., III, 2, 8 : Koivri toÎvuv ô ôsoç aitavra dévGpo'jTrw -noiTiSaç xal tô 6fi>.u xôJ
XOlVCOviaV IXSX' Î3ÔX71T0;.
2. Strom., III, 2,9... wî ysXotov c!pT,xôxoî. . . iStôxfixa xT|V xo'.vtoviav àvayxâÇtov.
3. Parfois même sur rAncien Testament ; Clém. Alex., Strom., III, 18, io5, nous signale, parmi les textes employés par les hérétiques, Prov., I, 14 : « Mets ton héritage au milieu de nous, n'ayons qu'une ceinture et qu'une bourse. »