De pracscr. Iiaer., Sj
et n'a point pris à son compte les principes de l'ébionisme. Au reste, ce qu'il dit des riches, comme de la richesse et de l'emploi qu'il convient d'en faire, peut, dans une certaine mesure, nous permettre d'établir ce qu'il pense du principe de la possession individuelle, ou du moins ce qu'il en pourrait penser, s'il était dans les habitudes d'esprit de son temps de remonter jusqu'à l'abstraction des principes.
Toutes les idées de Tertullien sur la richesse peuvent se résumer en quatre propositions :
jo II ne faut point la désirer quand on ne l'a pas, et, l'ayant, il ne faut point la regretter quand on l'a perd ', car elle est, en ellemême, méprisable et les chrétiens laissent aux païens le soin d'y attacher leur âme \
2° Dieu a maudit les riches, parce qu'ils ont l'orgueil au cœur et ont placé toute leur Joie en ce monde ^ « d'où pourtant ils ne l'emporteront point avec eux en mourant '* ».
3° La richesse n'est admissible que chez celui qui la méprise et sait l'employer à des œuvres de justice et de miséricorde ■\
4° Le pauvre est favorisé de Dieu '^ et chacun doit l'aider selon son pouvoir '.
C'est là, en somme, une doctrine tirée tout entière du Nouveau Testament pris au pied de la lettre, car, à s'en tenir à l'esprit qui l'inspire, elle marque certainement un recul sur la tolérance normale de l'Église de ce temps à l'endroit des riches; c'est que, d'instinct, Tertullien est allé chercher son inspiration surtout chez Saint Luc ■\ Toutefois, il ne va pas jusqu'à contester la légitimité de la richesse, pas plus, d'ailleurs, que Luc lui-même. La richesse lui est suspecte, parce qu'il voit que, d'ordinaire, les riches sont corrompus et se tiennent loin du Seigneur, parce que la faiblesse de l'homme défaille devant les séductions de la richesse. Il la hait donc, cette séduction, comme il hait celle de la femme, mais il n'ose pas plus interdire la richesse qu'il n'interdit le mariage. Le mépris des biens du monde lui suffit ; il le fortifie de l'exemple du Christ qui a vécu pauvre, et il insiste complaisamment sur la
1. De patien., 7 : cupiditatem omnium malorum radiccm spiritus domini pro apostolum prontintiavit... Libenter igitur terrena amittamus.