‹ TertullienChapitre 314 sur 561 · Voy. notamment De patien., 7, en entier · texte numérisé non relu

Voy. notamment De patien., 7, en entier

33o CHAPITRE X

tendre bienveillance de l'Évangile pour les indigents, opposée à sa sévérité pour les opulents '. Nous n'avons pas à nous étonner qu'une opinion extrême attire Tertullien plus que le juste milieu ; mais, de ce qu'il se montre vite inquiet quand la religion ou la morale sont en cause, il serait très exagéré de conclure qu'il est disposé à formuler un principe social révolutionnaire. La richesse est mauvaise, car elle est dangereuse au salut, mais elle est, et nulle part Tertullien ne dit formellement qu'elle n'ait pas le droit d'être, non plus qu'il ne dit franchement que le riche ne puisse être chrétien ^.

Ce point fixé, il nous est aisé d'expliquer les diverses propositions auxquelles nous avons ramené les idées de Tertullien, Que la richesse ne soit pas désirable, qu'elle soit même méprisable, c'est non seulement la doctrine de l'Écriture, c'est aussi, nous l'avons vu, celle de tous les sages païens et celle de l'Église entière. Quand Tertullien ajoute : « Heureux, les pauvres, » il ne fait que compléter sa pensée conformément à une tradition chrétienne constante, et, quoique partant d'un point de vue différent, il se trouve encore d'accord avec Lucien. En réalité, il n'y a pas de pauvres en Christ, puisque les biens de la terre ne comptent pas pour les chrétiens \ Je n'insiste pas, tant est évidente la relation entre les opinions de Tertullien et celles qui couraient de son temps sur ce sujet.

Qu'il rappelle volontiers la malédiction divine lancée aux riches, cela s'explique encore par une raison traditionnelle ; les premiers chrétiens, avons nous dit, n'avaient guère part aux richesses du siècle ; or, la tradition de haine aux riches se fonda aisément dans une Église qui ne comptait que des pauvres, et elle subsista longtemps après que cette Église eût ouvert ses portes à la richesse et aux riches ''. A l'époque où nous nous plaçons, il est vraisemblable

1. De patien.,j, éclaire très bien ce point de vue; voici le texte: lam vero percurrentibus nobis caussas impatientiae, caetera quoque praecepta suis locis respondebunt. Si dctrimento rei familiaris animus concitatur, omni pêne in loco de contemnendo saeculo, scripturis dominicis commonctur : nec maior ad pecuniae contemptum exhortatio subiacet quam quod ipse Dominus in nullis divitiis invenitur. Sempcr pauperes iustificat, divites praedamnat. L'occasion était bonne de dire carrément : que nous importe les ennuis de cette sorte; un chrétien ne doit pas être riche; Tertullien ne Ta pas dit et s'est contenté de ceci : prenez ce désagrément en patience; méprisez votre richesse ; quand vous seriez pauvres, vous ne seriez toujours que comme Jésus Christ et il i>aut mieux être pauvre dans l'intcrât du salut.

2. Le sens que j'avance est absolument confirmé par Adv. Marc, IV, i5 : Quamquam et divitias praestare non incongruens Deo sit, per quas et divites solatio iuvanlur et multa inde opéra iustitiae et dilcctionis administrantur, etc..

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