‹ TertullienChapitre 316 sur 561 · Le Blant, op. cit., et la note 3 de la p · texte numérisé non relu

Le Blant, op. cit., et la note 3 de la p

3. Les imprécations de VAdv. Marc.^ IV, i5, sont presque toutes empruntées au Psalmite, XLIX, 18 et s.

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Saint Luc et la tradition adoucie, autant que pratique, qui s'établit peu à peu dans la communauté chrétienne. TertuUien penche vers Luc; c'est ce qui explique qu'il croie encore le pauvre particulièrement favorisé de Dieu ; le fait lui donne raison, puisque les chrétiens sont surtout des pauvres et qu'il n'est pas de plus grande faveur que la foi. On peut donc considérer comme certain que TertuUien, regrettant en lui-même l'introduction des riches dans l'Eglise, à cause de la déviation qu'elle a fait subir à la discipline, maudissant la richesse païenne, à cause de l'excès des vices qu'elle lui semble comporter, admet pourtant, par nécessité, la richesse, à la condition que celui qui l'a la fasse servir aux besoins de l'Église. La richesse n'étant, en somme, que le signe de la propriété, et étant encore liée à elle, ainsi que nous l'avons établi plus haut, on peut conclure qu'il pense de la propriété ce qu'il pense et dit de la richesse.

Cependant, puisqu'il est si épris de lucanisme et qu'il va volontiers jusqu'au bout de ses conclusions, il n'est pas impossible que, tout au fond de lui-même, il ait regretté le communisme pratique des ébionites, et qu'il ait pensé que la communauté des biens était, sinon plus humainement juste, — cette question ne le préoccupe pas — au moins plus commode pour le salut commun. Au premier abord, il semblerait, en effet, qu'il soit allé jusque là. Nous venons de voir qu'il ne conçoit le riche que comme une sorte de banquier de Dieu, et la richesse que comme le moyen de soulager les frères pauvres, pour la plus grande gloire de Dieu. Il est clair que le plus simple serait, par exemple, de mettre toute richesse aux mains de l'Eglise, qui se chargerait d'en faire le partage au prorata des besoins de chaque fidèle. D'autre part, nous lisons dans ï Apologétique : « Tout est commun entre nous sauf les femmes ' ». Ne dirait-on pas quelque déclaration de principe d'un carpocratien pratique, qui aurait volontiers amputé de son programme l'utopique communauté des femmes ? Un autre texte inciterait même à croire que TertuUien a fait plus que proclamer la communauté des biens, qu'il a rêvé la vie en commun, le phalanstère, ou, du moins, le couvent universel '. « Comme c'est une chose bonne en soi et réjouissante pour les frères que de vivre ensemble, méditant jour et nuit sur la loi du Seigneur. » C'est là un passage du Psalmite ', mais peu importe, si TertuUien le prend à son compte. Malheureusement, si nous replaçons ces divers textes dans leur

1. Apol., 39 : Omnia indiscreta sunt apud nos, practcr uxorcs.

2. Adv. Marc, II, H) : ...quam boiium et quain iocundum habitare fratres in unum, méditantes die ac noctc in Ic^c domini.

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