De Laveleye, op. cit., p. i
3. C'est une grosse affaire que de savoir comment l'Eglise est devenue propriétaire et l'examen de cette question nous mènerait loin ; j'en indique seulement les principaux termes. (Voy. Allard, Hist. des Persec, t. II, p. 465 et s. et Christ, et Emp., le chap. intitulé la situation légale des Eglises, p. 76 et s.). 11 est clair qu'au iii« siècle, l'église est propriétaire (Rossi, Ro)n. Sot., I, 104). Nous voyons Alexandre Sévère rendre aux chrétiens un lieu de réunion qu'ils avaient au-delà du Tibre et Aurélien faire expulser par les magistrats d'Antioche un évoque intrus, le tout par simple application du droit privé. D'où est sorti, pour l'Église, ce droit de propriété? Probablement de la législation sur les collegia temdorum [Dig., XLVll, 22, i) : la propriété de l'Église se serait présentée d'abord comme celle d'une association funéraire. C'est la thèse de Rossi et je la crois très acceptable, malgré les objections soulevées contre elle par M. l'abbé Duchesne, Les orig. chrét.,p. 386 et s.. C'est que, sans sortir de Tertullien, j'en vois une confirmation dans ApoL, 37 et dans Ad Scap., 3, où il est question de violations tumultuaires des sépultures chrétiennes : il peut sembler surprenant que Tertullien n'insiste pas sur leur illégalité. (Sur leur réalité, voy. Tissot, Géogr. comp.... Append au t. Il, p. 8o5.) Mais il est, avant tout, préoccupé de mettre en valeur leur odieux ; leur illégalité va de soi, sans doute. Je n'affirme rien, bien entendu, je ne note que mon impression : c'est également celle d'Aubé, Les chrét. dans VEmp. rom., pp. 210 et s.. Les païens faisaient parfois des incursions sur les domaines chrétiens, même lorsqu'ils furent assurés à l'Église par un droit de propriété certain. La Passio SS. Theodoti, etc. XVI (Ruinart), est, à ce point de vue, très instructive. L'événement se passe au début du iv<= siècle; le confesseur Theodote, avant que d ac-
téger la richesse et elle en vient insensiblement à ne point refuser ses complaisances au riche, « En quel temps de misère vivonsnous, s'écrie douloureusement Salvien, pour que le plus considéré soit toujours le plus riche ' ! » C'en est fait : l'Église pourra toujours penser que, fondée qu'elle est sur l'Evangile, il est de son rôle comme de son devoir de protéger les petits ''; elle sera parfois seule à le faire dans les temps de violence ; elle pourra, suivant le mot d'un socialiste chrétien de nos jours, ne jamais ignorer la question sociale ^; elle ne la posera jamais sous sa forme sociale. Les hésitations de Tertullien, si conformes au sens vrai de la tradition chrétienne, et l'inanité de ses violences de langage, qui n'entraînent aucune prohibition socialement essentielle, suffiraient à établir que l'Église s'est, de par la lettre des textes et la force de la tradition, volontairement tenue éloignée des solutions radicales en matière sociale. Sa pitié [Misereor super turbam) ne l'a conduite qu'à l'aumône volontaire, qui n'est qu'un palliatif médiocre, et réellement très égoïste, aux maux de la terre; l'égalité, c'est la mort qui la donne ^ et l'homme ne trouve que dans l'autre vie la compensation qu'il désire aux misères de celle-ci \ Mais est-ce que Jésus n'avait pas dit : « Qui m'a établi juge sur vous pour faire vos partages ^ ? »
Pourtant, à en juger par Lucien ', je dirais même par Tertullien **, les chrétiens donnaient aux païens l'impression de professer, au moins d'appliquer, au sujet de la propriété et de la richesse, des idées très particulières : on pouvait les croire foncièrement communistes. Interprétation fausse de textes évangéliques, souvenir de la communauté primitive, décrite dans les écrits apostoliques.
complir l'acte qui peut échouer et le perdre, soit tirer de l'eau les corps de sept vierges que les persécuteurs ont noyées, éprouve le besoin de s'affermir par une prière ; il va ad Patriardiarum confessionern, et trouve l'entrée bouchée; il s'agit d'un oratoire peut-être souterrain ; il se rend alors ad confessionern Patriim, qui est obstruée de même. Ces oratoires sont connus, légalement établis sans doute et probablement entrées de cimetières. Sur le soin que l'Eglise savait avoir de ses intérêts, voyez les recommandations qui se trouvent dans les Canons apostoliques, XXXIX, ap. Mansi, I, p. 38, au sujet de l'inventaire à faire à la mort de l'évoque : il s'agit de bien distinguer ce qui est à lui de ce qui est à l'Eglise, ahn que ni l'Eglise ni les héritiers ne soient lésés.
1. Salvien, Z)e gub. Dei,\[\, X, 53 : .. tanta est miseria huius temporis, ut nuUus habeatur magis nobilis quam qui etplurimum dives.
2. Ambros., De offic. ministr., II, XXVIII, 140 : pauperes thesauros ecclesiae.