Le Songe
5. Le Songe, 9 : oIoî yào àv f,; lEavaujo; xa! /s'.pôJva; xaî à'::o/sipo6i(i>To; vo;j.iîj8/,xf,.
monien, que d'oublier Lycurgue et Iphitos pour user sa vie sur des comptes de commerce ' ». Un dernier trait, emprunté à une autre époque et à une autre source, achèvera de marquer l'impression que j'essaie de fixer; je le trouve dans un document chrétien, mais qui prétend exprimer une opinion courante dans la société païenne. Saint Clément d'Ancyre est traduit devant Dioclétien, qui, pour le décider à abjurer, lui offre des vêtements précieux. Le martyr répond : « Ce sont les hommes qui font de tels ouvrages que vous devriez admirer, car c'est leur effort qui améliore la matière ; au lieu de cela, vous les méprisez ; ce sont, à vos yeux, de vils artisans, et vous tirez vanité de ces vêtements, qui ne sont pourtant que la dépouille de vils animaux ^ ».
Telles sont donc les idées païennes en présence desquelles les chrétiens se sont trouvés placés : le travail des mains est méprisable; méprisables sont ceux qui s'y livrent. Toutefois, il existe des degrés dans l'avilissement, puisque, selon Lucien, un homme libre peut être sculpteur. D'ailleurs, le travail, même intellectuel, ne doit pas absorber la vie tout entière. Nos socialistes ouvriers réclament la journée de huit heures, Lucien se contente de celle de six : « Travaillez six heures, cela suffit ; les autres heures disent aux mortels : Vivez ! ^ ». Il va de soi que les hommes de petite condition ne se méprisaient pas eux-mêmes parce qu'ils travaillaient; ils pouvaient seulement se plaindre de leur peine et haïr le riche paresseux.
Le christianisme primitif n'arriva pas à un accord unanime sur la question de la nécessité et de la dignité du travail. Elle se posait nécessairement devant lui, parce que la première génération chrétienne, composée uniquement de petites gens, n'avait à compter que sur son effort pour vivre. Il est donc probable que personne, en elle, ne songea à mépriser le travail. De ses membres, les uns, dans l'attente et dans l'espérance de la fin du monde qu'ils croyaient proche, ne voulaient pas distraire un instant de l'œuvre du salut; ils espéraient que la mise en commun de leurs petites ressources et surtout que la bonté secourable de Dieu, leur permettraient d'atteindre le jour ultime, sans se replonger dans les occupations du siècle. D'autres, moins utopistes et moins assurés de mourir bientôt, pensèrent, dès l'abord, que le Ciel n'aidait un peu que ceux qui s'aidaient beaucoup ; ils ne crurent pas qu'il y eût incompati-