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n'en souffriraient-ils pas, ceux d'entre eux qui sont honestiores n'ont pas dans l'Église une dignité plus haute que les humiliores . Il serait donc très aisé àTertuUien de s'en tenir, pour juger les distinctions sociales, à la doctrine pure et simple de l'égalité chrétienne, et nul doute, à mon sens, qu'il les eût effectivement repoussées, au moins en théorie, s'il avait eu occasion d'en parler. Cette occasion ne s'est point rencontrée, parce que les distinctions humaines sont indifférentes au salut, et que le salut seul le préoccupe. L'Église se trouvera bientôt très embarrassée en présence de l'inégalité sociale, car, avec ces principes d'égalité, qui sont au fond du christianisme et qu'elle devra affirmer de nouveau et souvent, à peine de perdre le sens de son propre esprit ', il lui faudra concilier les préjugés, les habitudes, les règles et même les lois d'une société fondée sur l'inégalité. Il ne fallait point songer à changer cette société, au moins tout d'un coup ; d'autre part, la conciliation n'était pas logiquement possible entre ses principes et ceux du christianisme ; c'est pourquoi l'Église ne se montra point intransigeante et sut sacrifier un rigorisme excessif à son intérêt bien entendu. Il resta établi que vis-à-vis de Dieu et de son Église, les hommes den:ieuraient parfaitement égaux et que cette égalité s'affirmerait au jour de la mort ^ ; il fut de même entendu que cette égalité purement spirituelle, et seule désirable pour le vrai chrétien \ ne devait être présentée au siècle que comme une perfection souhaitable \ nullement comme une nécessité ; en sorte que, dans la
1. Min. Félix, Octav., Sy : omnes.... pari sorte nascimur, sola virtute distinguimur. Clém. Alex., Pédag., III, 6, 34, établit que tous les hommes sont foncièrement semblables et que le maître serait plus faible qu'un esclave si on lui enlevait ses esclaves. Ailleurs, [Pédag. II, 3, 38), il conçoit que la communauté de foi entraîne pour les chrétiens une égalité dans les conditions de la vie; Strom., IV, 8, 58 et s., insiste fortement sur l'égalité en Christ de tous les êtres humains, de quelque condition, de quelque sexe qu'ils soient. Tous les textes qui s'appliquent à l'égalité des esclaves et des hommes libres s'appliquent, a fortiori, aux autres distinctions, sociales.
2. Ambros., De excessu fratris sui Satyri, II, G : Mors acqualis est omnibus, indiscreta pauperibus inexcepta divitibus; du même ouvr., II, 46-47; De obitu Valeniiniaui cousolatio, 48; Hexaem., VI, 8, 5i : regardez dans les tombeaux... discerne inopes ac potentcs. Nudi omnes nascimur, nudi morimur.
3. Ambros., Defuga saeculi, 1, i et V, 25... inane estomne quod magnihcum putatur; VIII, 45 et s. Hieron., Ep., XIV, 6 : Haereditatem exspectans saeculi cohaeres Christi esse non poteris; c'est toujours plus ou moins le développement de Jean XVIII, 36 et s.: 'H jia5L)vsta r, èa-h, où-a. Ittiv èa toO xojixou toôxo'j • et de / Pétri, II, 9-10, sur le peuple saint (è'ôvo; ityiov) des chrétiens, privilégié parmi tous; mais, quand le royaume du Christ fut de ce monde, en même temps que de l'autre, la contradiction s'atHrma nécessairement entre les maximes évangéiiques ou apostoliques et l'attitude de l'Eglise vis-à-vis du pouvoir.
4. Tel est, me semble-t-il, le sens de la mesure prise à Rome par Calliste, véritable chef de l'église de cette ville, sous le pape Zéphyrin, et plein contemporain de Tertullicn : il autorisa les jeunes tilles et les veuves des hautes
LES DISTINCTIONS SOCIALES ET l'eSCLAVAGE SÔy
pratique, toutes les inégalités purent subsister ', que TÉglise put les accepter et presque les sanctifier \ Il lui était, en somme, assez facile de prendre cette position, qui consistait à ne pas faire de révolution et à laisser les hommes superposer leurs coutumes à la volonté divine. S'il s'en suivait pour elle une situation ambiguë et choquante, elle pouvait cependant la justifier par des textes apostoliques. Des paroles de Saint Paul prêchant l'immobilité sociale, le statu quo patient, en attendant la fin du monde ^ on pouvait, tirer un bon parti; et c'est ainsi que le dogme de la résignation sociale a remplacé la doctrine de l'égalité. Si on en Juge par quelques extraits d'Épiphane, fils de Carpocrate, que Clément d'Alexandrie nous a conservés '', l'interprétation officielle des textes sacrés ne s'imposa pas sans difficulté, et quelques sectes chrétiennes, les Carpocratiens par exemple, tirèrent des maximes évangéliques et pauliniennes, les conséquences sociales les plus logiques et les plus radicales. Le titre du livre d'Épiphane, la Justice (Tiepl or/.aio(TÛvYi;),est assez significatif : c'est la Justice humaine et divine que recherche l'auteur. A
classes à épouser des affranchis ou même des esclaves, contrairement à la loi civile : de Rossi, Bull, di arch. crist., 1866, p. 23 et s. ; Aube, Le Christ, dans VEmp. rom.^ p. 288.
1. Les textes qui prouvent ce que j'avance sont si nombreux et forment une résultante si communément admise, qu'il est presque inutile d'y insister. Je ne pense pas qu'il y ait grand chose à tirer des quelques Acta ou Passiones où nous voyons le martyr déclarer qu'il est ingéniais (Acta SS. Claudii, Astei-ii, etc., V (Ruinart); Acta SS. Triplionis Respicii, II (Ruinart); etc.). Cette énonciation de qualité semble bien n'avoir, en etïet, d'autre but que de fixer le juge sur le droit qu'il peut avoir, ou non, de torturer; elle n'a qu'une valeur présente et ne suppose pas que le martyr y attache autrement d'importance. Certains confesseurs disent tout aussi bien qu'ils sont esclaves {Acta SS. Jiistini, etc. ,111 (Ruinart) et la plupart ne tirent vanité que de leur titre de chrétien. Les Acta SS. Tarachi, Probi, etc., I et II (Ruinart), en fournissent un bon exemple). Mais la persistance des distinctions sociales s'affirme très bien par les inscriptions funéraires. S'il est très rare que les marbres chrétiens portent le cursus honorum, et qu'il n'y ait, pour ainsi dire, pas d'exceptions à cette règle pour les inscriptions vraiment antiques (Le Blant, Inscr. clirét., I, p. i3i) il n'est pas rare, en revanche, d'y trouver la mention de la noblesse : Le Blant, Inscr. chrét., I, n" 12, 58, 874, 462, 492, 517, 543, etc.; Nouv. rec, n» 441. Je donne comme exemple, le n" 58 du premier recueil de Le Blant : PROCVLA. CL. FEMINA. FAMVLA. DEL A. TERRA. AD. MARTYRES. —Voy. d'ailleurs les très utiles remarques de Le Blant, Inscr. Chrét., I, p. xcix. Le De morte persec, 3o, nous fournit également un trait caractéristique ; Maximien a poignardé un eunuque en croyant tuer Constantin et l'auteur chrétien ne trouve d'autre commentaire que celui-ci : supponitur quidam vilis eunuchus, qui pro imperatore moriatur.
2. Tout ce que nous avons dit sur la richesse considérée dans ses rapports avec l'Eglise, s'applique, bien entendu, aux distinctions sociales, puisque c'est la richesse qui établit surtout les différences de conditions.
3. /Cor., VII, 20 et s. : r/.aTXo; sv tt; '^ïà^izi. t, è^^'k■rfir^, èv taÛTTi jXEvéxo),