Clém. Alex., Strorn., III, 2, 6 et s
la base de toutes choses, la justice divine a placé Tégalité ' et Dieu ne fait aucune distinction de condition entre les hommes; il répand également les rayons de son soleil sur toutes les têtes et personne ne peut enlever à son prochain sa part de lumière pour doubler la sienne propre. Est-ce que Tégalité ne règne pas chez les animaux? Mais les lois des hommes ont changé tout cela et, en introduisant ici-bas la notion du miejr et du tien, elles ont brisé l'égalité, en même temps que la primitive et divine communauté \ Malheureusement, ce qu'il pouvait y avoir de juste et d'humainement fécond dans les idées des Carpocratiens, était gâté par des extravagances morales et des divagations théologiques, sur lesquelles se porta surtout l'attention de l'Église, et par une exagération de communisme qui épouvantait les sages ■'. Il s'en suivit que ceux-là qui seuls avaient su voir la haute portée terrestre qu'on pouvait donner à l'Evangile furent rejetés, comme hérétiques abominables, hors de la catholicité ; l'anathème lancé sur eux par TEglise orthodoxe frappa du môme coup leurs idées les plus sensées. Théoriquement égalitaire, l'Église demeura donc en communion avec une société où l'inégalité atteignait l'ampleur d'un scandale.
Il semblerait que la société chrétienne, considérée en elle-même, dût être très égalitaire; elle ne l'est réellement pas, Si les évêques, parlant ou écrivant, si les hagiographes, si tous les écrivains ecclésiastiques emploient volontiers les mots /rater et soror pour désigner les fidèles, si ces mots sont demeurés, pour ainsi dire, liturgiques, afin de marquer le caractère de la commune affection en Christ que les chrétiens doivent avoir les uns pour les autres, il s'en faut qu'ils aient gardé le même usage dans leur vie séculière. L'épigraphie nous en fournit une preuve. Sur tant d'inscriptions chrétiennes que nous possédons aujourd'hui, infime est le nombre de celles qui portent ces mots, f rater, soror, pris dans le sens que proclament les écrivains chrétiens, c'est-à-dire affirmant une égalité fraternelle. La force du préjugé romain a triomphé d€ la doctrine chrétienne '*. J'ai déjà remarqué ailleurs combien l'Église aime à se vanter de ses relations distinguées \ quelle considération les martyrs marquent souvent aux puissances du siècle •"', et réciproque-
1. Clcm. Alex., Strom., III, 2, 6 : Aéyz: tt.v ôixai05'jvT,v toû Szoïi y.o-.vtoviav T'.và slvai [X£t' Iff ÔTYiTo; .
2. Clém. Wcx. , Strom., III, 2, 7 :... xô x' £';j.&v -/al tô tôv zr^z: 6:à tojv v&uojv ■TiapsiTeAOîïv.
3. C'est, en effet, sur ces points que porte la réfutation de Clém. Alex., Stro)n., 111,6,54.