Ad uxor., II
4. Sur le caractère social et la portée possible de l'affranchissement, voy. Lemonnier, op. ciY., pp. 285 et ss.
5. Apol., 5, il parle avec mépris de ces hommes à peine libérés de leurs chaînes (vix adhuc flagra rumpentium) et qui se permettent d'étaler de la vaisselle d'argent. — Le précepte de l'Apôtre : >< Restez où la foi vous a trouvé », ne pouvait que détourner de l'aflranchissement: ce n'est donc qu'assez tard que nous voyons cette pratique s'affirmer chez les chrétiens et encore rien ne nous permet de croire qu'ils y aient vu, plus que les païens, un palliatif à la pratique condamnable de l'esclavage. Le seul Saint Jean Chrysostôme, du moins à ma connaissance, présentera nettement la pratique de l'affranchissement comme une bonne action (Renan, M. Aiir.., p. 606). Les exemples chrétiens que nous en avons n'ont guère d'autre sens que celui d'une mesure libérale de testament, analogue à celle que pouvaient prendre les païens, ou d'une mesure de liquidation bienveillante, que règle le chrétien avant que de se retirer du monde : Passio S. Calliopii, 6, ap. Boll, 7 avril; Testam. de Grég. de Naz., Opéra, éd. Benedic, p. 200, ap. Le Blant, ^c^e* des mart., sect. II, § go, p. 227 et ss.; Pass. S. Bonifacii, XVII, (Ruinart) : Aglaé, après une vie peu édifiante, renonce au monde, distribue ses biens aux pauvres, affranchit ses esclaves et vit en Christ avec quelques servantes; mais elle n'agit pas ainsi par désir spécial de redresser une injustice : elle quitte le monde et liquide chrétiennement sa situation, voilà tout. Les textes dans lesquels l'affranchissement apparaît comme une bonne œuvre ne sont généralement pas plus anciens que le vi<= siècle. Exemple : Le Blant, Inscr. clire't., I, n" 374 : Hic (haec ?) reliquit libertum puerum nomine Mannone pro rcdemtionem animae suae. (Année 5oi, d'après
tout, ce sont les deux idées fondamentales de la doctrine chrétienne qui l'empêchent de s'élever contre l'injuste inégalité des conditions sociales : 1° le chrétien doit accepter sans murmurer la condition que Dieu lui a assignée sur terre ; 2° il est inutile de la changer, la misère humaine est partout, ce n'est qu'une question de plus ou de moins; ce n'est aussi qu'une affaire de temps et de peu de temps. Assurer son salut est autrement grave qu'améliorer son sort terrestre. La foi montaniste en la fin imminente du monde affermit Tertullien dans cette indifférence sociale. Son point de vue est donc celui que l'Église gardera toujours \ Il pourra arriver
Le Blant). Voir également le n° Syg, qui serait de 487 (?). Les conclusions de M. Allard, op. cit., p. 477, sont tout autres que les nôtres : il croit que l'Eglise a voulu multiplier les affranchissements, pour « compléter son œuvre,» commencée par l'émancipation religieuse de l'esclave. Je ne vois pas que les textes autorisent de telles affirmations.
I. II est très nettement exposé dans les Const. Apost., IV, 12 : « Que dire de plus au sujet des serviteurs, sinon que l'esclave, en toute crainte de Dieu, mette sa bonne volonté à s'attacher à son maître, fût-il un impie, iut-il un misérable, sans toutefois le suivre dans ses errements religieux? De même, que le maître aime son serviteur et bien qu'il soit, par le fait, au-dessus de lui, qu'il se juge cependant son égal, car c'est un homme comme lui. Mais celui dont le maître est fidèle, sans manquer à l'obéissance qu'il lui doit, laimera comme son maître et comme son associé dans la foi, son père. Qu'il ne soit pas comme l'esclave qui a l'air de bien servir seulement sous l'œil du maître, mais qu'il le serve avec amour, sachant que Dieu lui'paicra le prix de ses services. Semblablcment, le maître qui possède un esclave attaché à la foi, doit, dans la mesure où le service le permet, l'aimer comme son fils ou comme son frère, puisqu'ils sont associés dans la même croyance. « — Cyprien, Testim., 72 et 7? établit que l'esclave qui est chrétien doit d'autant mieux servir et que le maître qui croit doit être d'autant plus doux. — On peut, d'ailleurs, suivre parallèlement les recommandations diverses que les écrivains chrétiens font aux esclaves et celles qu'ils font aux maîtres. — Origène, C. Celse, III, 64, nous dit comment les esclaves deviennent vraiment libres en devenant chrétiens et en prenant au christianisme sa noblesse de sentiments; Saint Ambroise affirme que la vraie servitude est toute de chair et non d'esprit, que l'Eglise est venue libérer l'esprit et qu'à ce point de vue, il ne manque pas d'esclaves qui sont plus libres que leurs maîtres. [De Joseph patriarcha ; De Jacob et vita beata, II, 3, 12; De Abraham, II, 10, yb.) C'est pourquoi il engage les esclaves à pfendre en patience les mauvais maîtres et à s'aider de la pensée des souffrances de Jésus {Ep., 1, hXUl, 1 1?'}. Les Co>2st. Apost. ^VUl, 1 3, écho de la. Didaché, présentent le maître à l'esclave comme le représentant de Dieu qu'il faut révérer et craindre. Les Canons Apost., LXXXI, ap. Mansi, I, p., 46, affirment que le maître a le droit d'empêcher son esclave d'entrer dans l'Eglise. Le Concile de Gangres, can. III, ap. Mansi, II, p. iioi, prononce l'anathème contre quiconque détourne un esclave du respect et du dévouement qu'il doit à son maître. — Les recommandations aux maîtres ne sont pas moins nombreuses. Dans la Didaché, IV, 10, elles précèdent même celles qui sont adressées à l'esclave; Clém. Alex., Pedag. III, II, 74, recommande de ne pas traiter les esclaves comme des bêtes de somme et, Pedag. III, 11, 73, étend le devoir de la maîtresse jusqu'à la surveillance de la moralité de ses servantes ; Ambros., Ep., 1, LXIII, 112, ne fait guère que développer les préceptes de I Pétri, II, 18; les Const. Apost., VIII, i3, recommandent aux maîtres de commander sans amertume, afin que les plaintes des esclaves ne montent pas jusqu'à Dieu; ailleurs, IV, 6 et s., elles vont beau-
LES DISTINCTIONS SOCIALES ET l'eSCLAVAGE 877
que la proclamation de Tégalité humaine, la constatation de Tinégalité flagrante, prennent dans une bouche chrétienne un ton qui, au premier abord, peut donner des illusions sur leur sens ' ; mais s'il ne faut pas prendre une maxime de Zenon pour une réponse de Scaevola ^ il ne faut pas davantage confondre un verset de l'Evangile, ou une phrase de sermon, avec un projet de réforme sociale : or l'Église n'abordera jamais la question de l'esclavage au point de vue social. Le Blant " remarque combien rarement les mots libertiis, servus, se rencontrent dans les inscriptions chrétiennes et les textes hagiographiques. « On se rappelait trop bien, ajoute-t-il, que Saint Paul avait proscrit ces marques de la dépendance terrestre. Triste nécessité sociale léguée par une organisation frappée de mort, l'esclavage était condamné par les consciences vraiment chrétiennes. » Soit, mais la condamnation ne sortait pas de la conscience, elle s'y enfermait au contraire ; loin d'être l'annonce d'une transformation sociale, elle n'en était même pas l'espérance, elle n'en affirmait pas le désir. Il est trop clair que
coup plus loin, ear elles enjoignent de refuser l'aumône de ceux qui maltraitent leurs esclaves, à l'égal de celle des gens infâmes : cabaretiers, prostitueurs. voleurs ou adultères. Il est bien certain que ces recommandations ne furent pas toujours suivies ; leur perpétuelle répétition en est une preuve et les inscriptions nous en offrent une autre; il s'y trouve quelquefois la mention de la douceur du maître pour ses esclaves et une pratique dont on peut ainsi faire une vertu, n'est sans doute pas d'un usage très courant : Le Blant, Inscr. chrét., I, n° 25, inscription de Saint Nizier, du vi" siècle : Vir bonus indultus cunctis famulisque benignus ; n" 450 : mancipiis benigna; etc. Enfin, les Conciles portent des peines conti-e les maîtresses qui, dans leur colère, frappent, estropient ou tuent leurs esclaves : Conc. Eliberit., can V, ap. Mansi, II, 6. — La doctrine définitive de l'Église est d'ailleurs résumée par Saint Augustin, Enarr. in Psalm. CXXIX, 7 : Ecce non fecit de servis liberos, sed de malis servis bonos servos. Quantum debent divites Christo qui illis componit domum. Le Christ ne dit pas à un esclave qui a un mauvais maître de l'abandonner; il lui offre son propre exemple : Exemplo mea servi, prior servivi iniquis.
1. Clém. Alex., Pedag., III, 12, 92 :... à'v6pwT:oi yaip eIctiv w; -iwitXz b yàp ôsôî 7:âîc7iv...'i.'c7o?. Arnobe, Adv. nat., II : Idcirco animas misit (Deus) ut... expugnarent atque everterent civitatcs, servitutis opprimèrent, et manciparent se iugo, et ad ultimum fièrent alterius altéra potestatis, natalium conditione mutata. (Cité par Wallon, III, p. 3i5, n. 3). — Cyprien, Ad Demetr., 8 : Ipse de servo tuo exigis servitutem et homo hominem parère tibi et obedire compellis, ut cum sit vobis eadem sors nascendi, condicio una moriendi, corporum materia consimilis, animarum ratio communis... tamen nisi tibi pro arbitrio tuo serviatur... imperiosus et nimius servitutis exactor flagellas, verberas^ famé, sibi, nuditate... adtligis et crucias. Et non agnoscis Dominum Deum tuum cum sic exerccas ipse dominatum. Tout le développement est, de toute évidence, construit en vue du trait final. Ambros., Ep. II, LXXVII, 2 :... secundum naturam, antiquior libertus quam servitus. Ceci est encore un trait : il prend place dans un raisonnement destiné à établir la supériorité de la liberté spirituelle du chrétien sur la contrainte de la Loi imposée aux Juifs. Appel à la charité, considérations morales ou religieuses, tous ces textes n'enferment pas autre chose.