‹ TertullienChapitre 362 sur 561 · LA VIE PRATIQUE · texte numérisé non relu

LA VIE PRATIQUE

l. Opinions des chrétiens et de Tertullien en particulier sur la morale païenne et sur la chrétienne. — IL La morale proprement tertullianiste; pourquoi elle est repoussée par l'Église.

I. — Les préoccupations morales tiennent dans l'esprit de Tertullien une place presque aussi considérable que les préoccupations religieuses ", parce que les prescriptions chrétiennes conduisent, dans la pratique, à des obligations morales et que c'est la morale qui mène l'homme au salut. C'est pourquoi Tertullien est porté à considérer tout ce qui se passe en dehors du christianisme, et n'est point dès l'abord entaché d'idolâtrie, sous l'angle d'une morale très sévère, A ses yeux, la société païenne est extraordinairement corrompue ; ses vices sont énormes et ses rares vertus toutes de surface ; les lois sont impuissantes à arrêter sa décrépitude morale \ A chaque page de ses écrits d'apologie ou d'édification reviennent les invectives contre l'immoralité et les hontes

1. Je n'ai point la prétention d'exposer, en ces quelques pages, les principes et la théorie complète de la morale chrétienne, qui est, en presque toutes ses parties, celle de Tertullien; un tel sujet demanderait une étude spéciale, d'ailleurs difficile à taire. Je voudrais seulement fixer quelques points, afin de montrer en quoi Tertullien s'accorde avec la constante tradition chrétienne, en quoi il s'en éloigne et en quoi il s'oppose à la morale païenne courante. Je ne présenterai donc pas un grand nombre de références, mais seulement celles qui me sembleront décisives. Je n'ai pas cru non plus nécessaire de rapporter de nouveau une foule de textes de Tertullien déjà rencontrés et étudiés, soit au chapitre relatif à la religion, soit à ceux relatifs à la persécution, à la famille, etc.

2. Voy. ce qu'il dit de lui-même à ce point de vue dans le De pallio, 5 : il se vante de ne flatter aucun vice, de ne pardonner aucun relâchement, de n'épargner aucune vanité. Ce faisant, il remplit, en quelque sorte, son office.

3. Apol. ; Ad nat.; Ad Martyras, etc., passim; De ptidic, i : exarmata sunt iura.

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de cette société ' en décadence ^ ; contre le dévergondage et la mauvaise tenue de ses femmes ■', qu'on ne peut plus distinguer des courtisanes '' ; contre son luxe inconvenant et sa mollesse scanda- ■ leuse \ Il se complaît, en revanche, à placer au regard de ce ; tableau si noir, la riante peinture des chrétiens, qui lèvent vers Dieu leurs mains pures et pratiquent toutes les vertus ^ Je n'insiste pas sur le détail de ce réquisitoire, parce qu'il se retrouve, avec de légères variantes dans les termes, chez tous les apologistes et chez tous les moralistes chrétiens, sans compter bon nombre d'écrivains païens '. La surabondance des affirmations et la constance des accusations finissent par impressionner de telle sorte, qu'on serait porté à imaginer tous les habitants de l'Empire, qui ne sont pas chrétiens et orthodoxes **, sous les espèces des héros de Pétrone, Débauche raffinée et sans frein''; immoralité scandaleuse dans son impudeur et largement étalée '"; dureté de cœur, avarice ", avidité sans bornes, qui pousse à courir sus à tous les héritages " et à rechercher coûte que coûte les mariages d'argent '^ ; habitudes de laisser aller et de mollesse qui touchent à la dé- \ mence '* ; refus d'accepter les charges naturelles les plus simples,

1. ApoL, 9; 39 : Ad Jiat., I, 16, etc. Voy. le chapitre consacré à la famille.

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