‹ TertullienChapitre 364 sur 561 · Feuilletez Marquardt, Vie privée · texte numérisé non relu

Feuilletez Marquardt, Vie privée

3. Voy. partie. Denis, Hist. des idées mor. dans Vantiq. ; Martha, Les moralistes; Renan, M. Aur., passim ; Apôtres, pp. 3i8, 32o, etc.; Havet, Le Christian., II; Duruy, Hist. des Rom., V, pp. 161, 348 et n. — Je me fonde sur ces divers ouvrages. Je me contente donc de donner dans les notes les références caractéristiques. Il est inutile de refaire ce qui est bien fait.

4. Il est clair que plusieurs de ces mesures n'ont pas, de par leur origine, une grande autorité morale ; telles sont, sans doute, celles que Suétone nous rapporte de Domitien [Dom., 8); ou encore celles de Caracalla (Dion Cass., LXXVII, 16), parce qu'il était vraiment étrange de voir des hommes comme ceux-là s'ériger en protecteurs de la morale publique; au moins, les mesures rigoureuses dont ils fortifiaient leurs prescriptions pouvaient-elles impressionner et contenir les hommes vicieux. Sans parler des Antonins, dont le règne fut — Hadrien et Commode à part — celui de la morale publique, Sévère se montra, semble-t-il, très exact à poursuivre les adultères (Dion Cass., LXXVI, 16) et prit des dispositions à l'effet de les prévenir {Dig., XLVIII, 5, 2 ; Duruy, Hist. des Rom., VI, p. 83). Si nous en croyons son biographe, Macrin, qui succéda à Caracalla, aurait également pris son rôle de moraliste pratique tout à fait au sérieux, puisqu'il aurait porté la peine du feu contre les adultères (Capitolin, Macrin, 12). Ces mesures diverses, que je cite à titre d'exemple, peuvent, sans doute, prouver qu'elles avaient besoin d'être prises et que la société qui semblait exiger des sévérités si grandes était vraiment très corrompue; elles ne furent d'ailleurs suivies que par intermittence, puisqu'il fallut si souvent les renouveler; mais, au moins, elles prouvent que la déchéance morale de cette société n'avait pas encore atteint l'inconscience; qu'il se trouvait toujours des hommes qui estimaient que l'Etat ne pouvait pas durer sans une certaine moyenne de moralité sociale.

les spectacles donnés parfois par l'Empereur lui-même, ou par la haute société de Rome, il se soit toujours aussi rencontré des hommes, qui n'étaient pas nécessairement des philosophes, pour les déclarer scandaleux '. D'autres, sans doute assez nombreux pour ne pas constituer de simples exceptions à la règle commune, savaient résister à la corruption des mœurs. En d'autres termes, il y a eu, dans la société païenne de l'Empire, une pratique assez constante de ces vertus que les chrétiens réclamaient volontiers comme leur bien propre. Réciproquement, il n'est point difficile de rencontrer dans la société chrétienne d'assez nombreuses traces de vices païens.

Qu'on prenne, par exemple, les œuvres de Valère Maxime; voilà certes une âme médiocre et dont la science morale ne sait guère s'élever au dessus des enseignements de la morale en action ; mais un simple coup d'œil sur les titres de ses chapitres nous prouve qu'il se préoccupait, comme les chrétiens, des vertus qui font l'homme et l'honnête homme ; du courage ^, de la patience ^ de la constance ^ de la modération \ de l'abstinence et de la continence ^ de l'amour conjugal ' et de la fidélité conjugale \ de l'humanité et de la clémence ^, de la pudeur et des passions immorales '", de l'amour paternel et filial ". Le fait de poser de tels problèmes, s'il ne suppose pas nécessairement une très haute moralité chez celui qui les agite, prouve au moins que ces problèmes, en eux-mêmes, intéressent un assez grand nombre d'hommes pour que l'auteur espère trouver des lecteurs et il prouve cela d'autant plus fortement que cet auteur est moralement plus médiocre et écrit plus en vue du succès. C'est déjà quelque chose que de savoir qu'on est vicieux quand on l'est : or il y eut toujours dans l'Empire des hommes, ceux même par qui nous connaissons le mieux les vices du temps, qui les ont dénoncés et poursuivis. Un Sénèque, un Juvénal, un Perse, un Marc Aurèle " pour m'en tenir à ces types différents et caractéristiques, ont flétri les défail-

1. Voy. Lucien, Contre un ignorant bibliomane et Pseiidologiste, not. 17 et 20.

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