VI, I ; VI, 3, 10; IX, I
12. Voyez le chapitre que Marlha, Moralistes, consacre à chacun d'eux, et Havet, Le christ., II, p. 260.
LA MORALE SqS
lances humaines et exalté les vertus autant qu'ils Tont su faire. Tels vers de Perse, telle pensée de Marc-Aurèle seraient avoués par un chrétien sans hésitation'. L'exemple d'une vie comme celle de l'Empereur philosophe et même, ses excentricités mises à part, comme celle d'Apollonius de Thyane, et l'impression qu'en ressentirent les contemporains, ne prouve-t-il pas qu'on savait encore, en ce temps-là, comprendre et apprécier la grandeur morale ? Et ce n'est point seulement par un respect en quelque sorte passif que la société païenne honore la vertu : elle n'oublie pas tout à fait de la pratiquer et le rapprochement s'impose parfois entre sa pratique et celle des chrétiens, particulièrement au iii'^ siècle, où les préoccupations morales envahissent toutes les croyances. Il n'est pas rare que des inscriptions païennes puissent, au premier abord, soulever quelques doutes et tromper par leur air chrétien ^
Les chrétiens eux-mêmes étaient bien obligés d'avouer qu'elles existaient ces vertus païennes et ils cherchaient parfois en elles un argument pour faire honte aux fidèles qui hésitaient à s'élever dans le bien jusqu'où s'élevaient les gentils \ Voilà un témoignage qui n'est pas suspect. Il y avait donc des païens pudiques '', des païennes fidèles et chastes ^; il y avait des païens miséricordieux et charitables, dont l'amour immense s'étendait à l'humanité tout entière **; il y avait des païens désintéressés et indifférents à l'argent ' et il y
1. Perse, Sat., II, 6i : O curvae in terris animae et caelestium inanes ! — M. Aur., VI, 10, sur la providence; VU, 52, sur l'amour des semblables, la modestie, la résignation et l'indulgence ; 'VII, 36, d'après Antisthène : pas:).'.itôv zu [j.èv TipaTTciv, xa-/t(ï>; ôè àxoÛE'.v, V, 22 : 'iSiùv àv8pa)iiou cpiTvSÏv xal toù; TiTaiov- •uaç, etc. ; VI, 6 ; IX, ii. Rapprochez de ces pensées les prescriptions d'Apollonius sur la charité ; Philostr., ApolL. IV, 3 : oi'. /pr, Tpé'v£iv -zz à'KkT^o\Jz xal il-' à^vX-fiAoïv TpÉcîîsôat.
2. Voyet not. Le Blant, Inscr. chrét., I, n- 86 b, et les éclaircissements dont il l'entoure, p. lyS; voy, égal., Noiiv. rec, p. 209.
3. Voy. sur ce point dansMigne, P. L., Indices, III, col. 783 et s., le curieux Index de virtntibus ethnicorum specialibus quas Patres laudibus extiileriint .
4. Tert., De spectac, 21 ; De cultu femin., II, i ; Clém. Alex., Strom., III, 7, 57; Orig., C. Celse, VII, 48. — Val. Max., VI, i, i; Philostr., ApolL, I, i3 ; I, 34; Lucien, Les portraits, 11, sur la vraie beauté, faite autant de vertu que de perfection physique.
b. De cultu femin . , II, i; Clém. Alex., Strom., IV, 19, 120. — Exemples divers cités par Renan, Apôtres, p. 3o6, s. et n. ; Havet, Le christ., II, p. 225, sur le titre de univira que prennent, dans les inscriptions, les femmes qui n'ont été mariées qu'une fois.
6. Sen., Epist., XCV, 33 : Homo sacra res homini. De clem., 1 1, 5 ; M. Aur., VI, 22.; — Renan, Apôtres, p. 3i8, s. et n. 2; Duruy, Hist. des Rom., V, p. 161 et s., qui cite ce trait si chrétien, emprunté à une inscription grecque : èv pio) 6è xa'Xôv è'pyov sv [xôvov sCiTroitx (C. /. G., n° 3 545). Voy. de même Le Blant, Inscr. chrét., I, n° 86 b et les éclaircissements qui l'accompagnent. Apollonius dépassait même les bornes de l'humanité et étendait aux animaux son affection et sa pitié ; ...Çwa ôs à6>>ia oOx ho/ld (Philostr., ApolL, VIII, 5).
7. Voy. dans Philostr., ApolL, I, 34, la prière d'Apollonius : w Ssoi 6o(t,t£ [j.ot [Aixpà l/stv xal ÔEÎcrôa'. ij.t,5£vÔî.
en avait pour lesquels l'effort semblait la raison d'être de la vie ', comme il y en avait également qui aimaient leurs enfants et savaient se dévouer pour eux \ Et il est difficile d'établir qu'il y avait moins de ceux là que des autres, car le propre de la vertu est d'être silencieuse et ignorée. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que nous avons l'indéniable impression que la société du ii« siècle n'était pas profondément morale, non plus qu'elle n'était foncièrement pitoyable aux malheureux.
Il serait aisé, en s'en tenant au simple témoignage des chrétiens, de prouver que la société chrétienne elle-même n'était point sans tare. Je laisse de côté les excentricités libidineuses de certaines sectes hérétiques'*; je note seulement qu'elles ont eu une persistance remarquable durant les premiers siècles du christianisme et j'en conclus qu'il est au moins étrange qu'une doctrine si simple et si rigidement morale ait mené à de telles extravagances d'immoralité, si elle était, comme le soutiennent les Apologistes, un spécifique infaillible contre toutes les déchéances \ Nous verrons, dans un instant, par quelles prescriptions et par quels artifices elle fortifiait la faiblesse humaine ; elle ne savait pourtant pas toujours lui éviter les chutes lamentables.
N'est-ce pas aux orthodoxes eux-mêmes que Tertullien reprochait la gourmandise et la débauche ■' ? De son côté, l'Église ne se privait pas d'accueillir les mauvais bruits qui circulaient sur les prophétesses de Montanus. Si, plus tard, S. Augustin relevait avec vigueur mainte défaillance morale chez les Purs manichéens, ceux-ci, à leur tour, n'épargnaient pas les catholiques ''; et, sans doute, ni les uns ni les autres ne s'accusaient sans raison. L'Église elle-même ne nous donne pas toujours le spectacle de la perfection morale. En dehors des péchés de la chair, qui demeurent toujours son cauchemar et qu'elle ne peut jamais extirper complètement de son sein, il reste en elle quelques traces de l'esprit du siècle. Le précepte : « Aimez-vous les uns les autres », n'est pas toujours observé par elle dans sa plénitude évangélique ; il suffit de voir l'ardeur des polémiques qu'elle soutient contre les hérétiques pour
1. M. Aur., I, i5 : iraoà MaÇ([ioy, t6 xpaTsîv éauToû xai t6 où a/exT^iw; xaxcp-
yaiTiKÔv Tôjv •npoxE'.fxévwy.
2. Aulu Gelle, Noctes att., XII, i, sur les devoirs d'une mère; Ovide, Amores,
II, 14, 38, sur les avortements et leurs justes suites.
3. Lesquelles, ne l'oublions pas, n'en demeuraient pas moins chrétiennes aux yeux des païens. Voyez, par exemple, sur les Antitacles, Ciém. Alex., Strom.,