‹ TertullienChapitre 366 sur 561 · Aug., De mor. manicli., II, 19, 70; II · texte numérisé non relu

Aug., De mor. manicli., II, 19, 70; II

LA MORALE SqS

en être persuadé. Il n'est pas besoin même de sortir de Tertullien pour trouver des exemples de cette violation de l'essentielle prescription divine; ses ouvrages contre Praxeas, contre Hermogène, contre les Valentiniens et contre Marcion les fournissent aussi abondants et aussi précis qu'on les veut '. 11 n'est même pas impossible de rencontrer la trace de rancunes privées dans l'Église ^ Je n'indique que ces quelques déformations de la morale chrétienne, parce qu'elles semblent particulièrement choquantes par rapport à Tesprit du christianisme, mais il ne serait pas difficile de prouver qu'il y avait parmi les fidèles, sinon tous les vices païens, au moins un grand nombre d'entre eux, S. Augustin ouvre de singuliers aperçus sur l'état d'âme de beaucoup de chrétiens de son temps, quand il leur recommande d'avoir la pudeur de ne pas demander à Dieu ce qu'ils n'ont pas honte de désirer \ Aussi, conclut-il, non sans mélancolie, que les hommes sont bien inférieurs aux préceptes et qu'il faut se contenter de les en rapprocher de bien loin \ Les Manichéens répliquaient que cette indulgence était abominable, qu'il fallait s'élever au-dessus des contingences humaines et se hausser Jusqu'à l'absolu des doctrines \

Tertullien était porté, de sa nature, à adopter avant eux une doctrine morale également rigoureuse. Il n'ignorait certes pas qu'il y avait chez les païens des vertus notables et il proclamait, à l'occasion, avec beaucoup d'éclat, qu'il y avait de gros vices chez les chrétiens ; mais une double opinion de principe dominait, selon lui, tous les faits, leur était logiquement supérieur : un païen ne 'peut pas être vraiment moral, comme un chrétien ne peut pas ne pas l'être. Il y a pour l'un, comme pour l'autre, une véritable nécessité de nature à être ou à ne pas être ceci ou cela; en d'autres termes, on est païen parce qu'on est immoral et on est chrétien parce qu'on est moral : l'un ne saurait aller sans l'autre '^. Il y a, entre le païen et le chrétien, une différence spécifique essentielle de I capacité morale; elle est établie par la foi, que l'un possède et que l'autre n'a pas. Par la foi, tout est possible, sans elle, rien n'est parfait; c'est pourquoi les vertus chrétiennes sont seules véritables et les vertus païennes ne sont que des artifices du démon, qui essaie

1. Pour avoir une idée de cette polémique intestine, voy. particul. Adv. Marc, I, i; I, 29; IV, i ; Adv. Hermog., i ; De praescr. Iiaeret., 3o, etc.

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