Aug., De mor. manich., Il, 19, jb
6. Apol., 21 ; c'est d'ailleurs un des thèmes essentiels de l'Apologétique.
gauchement d'imiter Dieu '. Il est possible, par exemple, qu'une païenne soit chaste; mais elle n'a qu'une chasteté de fait imparfaite et sans règle, car, tout en ne cédant pas au désir, elle ne sait pas I se l'interdire et le marque par les parures qu'elle met ". S'il se trouve des vices dans la société chrétienne, c'est une illusion de croire que des chrétiens en soient coupables; l'homme n'est plus chrétien à partir du moment où il tombe dans le vice, car il ne saurait rester chrétien en cessant d'être pur '.
L'idée que se fait Tertullien de la morale païenne et de la morale chrétienne permet de préciser sa manière de voir et de l'expliquer ". Quels peuvent être les fondements de la morale païenne? En définitive, ils se ramènent à deux : la religion, la raison. Nous avons vu que les diverses religions qui vivent dans l'Empire à l'époque de Tertullien, ont toutes des tendances morales très accentuées; mais, selon lui, une morale fondée sur les prescriptions d'une religion qui n'est pas la sienne, a d'abord l'inconvénient de ne reposer sur rien, puisque, a priori, il n'admet pas qu'une religion étrangère au christianisme et même à son christianisme, puisse être autre chose qu'un tissu de mensonges et d'inepties. En second lieu, il ne lui est pas difficile de trouver dans les religions païennes, à côté des tendances morales et des prescriptions édifiantes, des pratiques, des symboles et des rites, qui lui semblent en outrageante contradiction avec toute morale \
1. De cultufem., II, i ; Aduxor., I, 7; l'idée de l'infériorité morale du païen, à cause de son manque de foi, se retrouve assez souvent dans les écrits chrétiens; voy. par exemple : Clém. Alex., Strom., VII, 10, Sg, sur le courage païen qui est où xaTà Xôyov • Lact., Inst. div., V, 10, 17 : Possunt ne inter haec iusti esse homines, qui eliamsi natura sint boni, ab ipsis tamen diis erudiantur ab iniustitiam; August., De civ Dei, XIX, 25, va plus loin et il établit que les prétendues vertus, sans la vraie religion, sont plutôt des vices. Ambros., In Psalm. I, Enarr., 41, précise encore ce point de vue : Virtutcs sine fide folia sunt, videntur virere et prodcsse non possunt. Agitantur vcnto .quia non habent fundamentum. Le fiindamentiim, selon son jugement, c'est l'espoir de la récompense.