De ptidic, I
modération, qui s'affirme dans un grand nombre de textes ' et dans la tradition encore suivie par l'Église, trouve déjà son expression, symbolique dans certaines peintures des catacombes : il arrive que la brebis égarée, que le Bon Pasteur supporte sur ses épaules, soit remplacée par un bouc ^, animal dont la moralité n'a jamais eu bonne réputation. L'Eglise hésitera toujours à rejeter sans rémission de son sein un homme qui a été chrétien, parce que, ainsi que le disent les Constitutions apostoliques, il est, à partir de ce jour, assiégé par les loups truculents ■' et parce que c'est assumer devant Dieu une lourde responsabilité que d'abandonner le pêcheur sans être sûr qu'il ne se repentira pas. C'est sans doute d'un mauvais exemple que de voir un chrétien retomber sans cesse dans ses errements, car, ce faisant, il est beaucoup plus coupable qu'un païen, puisqu'il sait quand l'autre ignore "; mais quel parti prendre? Lui refuser la pénitence? Il est probable que cette solution conserva des partisans dans l'Église après Tertullien, si nous en jugeons par l'effort que fit Saint Cyprien '" contre elle et par les prescriptions que nous retrouvons dans les Constitutions apostoliques *. Elle s'exprimait par le refus de communion, par l'excommunication ', que l'Église aurait voulu réserver pour les cas désespérés, car, dit l'auteur des Constitutions, le Seigneur a pardonné à de grands coupables : Saint Mathieu, par exemple, était publicain et pourtant Jésus le reçut en grâce et fit de lui un des Douze '. C'est pourquoi il faut prendre bien garde de ne pas rejeter inconsidérément le pécheur qui se repent dans la société des pécheurs qui ne se repentent pas ^ : Dieu a sauvé la courtisanne Rahab parce qu'elle a eu le courage de cacher chez elle deux espions de Josué fils de Nun '". Dans l'intérêt commun, il ne faut pas hésiter à retrancher
1. La tradition est très bien exprimée par August, Sermo LXXI, III, 6, qui affirme qu'il n'y a pas de péchés irrémissibles, pas même ceux qui sont commis contre le Saint-Esprit (allusion à Math., XII, 3i; Luc. XII, 10; Marc, III. 28 et s. : «... mais si quelqu'un injurie le Saint-Esprit, il n'y a point de pardon pour lui à tout jamais, mais il est coupable d'un péché éternel »; ap. Reuss, p. 281).