‹ TertullienChapitre 385 sur 561 · Const. apost., II · texte numérisé non relu

Const. apost., II

10. Clém. Rom., / Cor., 12 : 5'.à -iiTiv xxl «i^^oÇcviav èiMr, 'PiaSr, t, -ùovt,.

LA MORALE 4l5

le membre indigne ', mais il ne faut pas frapper au hasard ; il faut surtout imiter le Maître et essayer de ramener l'égaré '. Il convient d'ailleurs que son repentir s'affirme et il faut décourager radicalement ceux qui n'ont l'air de regretter leurs fautes que devant la mort '. Au fond, l'Eglise est disposée constamment à admettre que l'impénitence est le seul péché qui ne puisse être pardonné " et elle fait de la pénitence un sacrement auquel on se prépare par des exercices appropriés.

Une telle indulgence était sans doute moins favorable à l'observance intégrale de la doctrine du Christ ■' que l'intransigeance de Tertullien, mais ce que l'Eglise pouvait perdre en qualité, elle le gagnait au moins en quantité. Jamais elle n'eût pu espérer que le commun des fidèles observerait une morale qui se montrait impitoyable à la faiblesse humaine ; elle a préféré transiger en ouvrant la porte du couvent aux hommes épris de rigorisme et d'austérité et en se montrant compatissante aux autres. Tertullien, nous l'avons vu, n'était probablement pas très favorable à la retraite monacale, qui n'était encore, de son temps, qu'une sorte d'exercice de piété personnelle très restreint; il voudrait que sa doctrine morale fût strictement suivie par tout le monde et pourtant, il a contribué à préparer le couvent et la règle conventuelle, en tenant si peu de compte des nécessités de la vie ordinaire. Sa morale ne saurait être conçue que comme un exercice d'attente à l'usage d'hommes subsistant dans l'unique préoccupation de la fin du monde, puisqu'elle implique le renoncement presque complet à tout ce qui est en lui. Tant que l'espérance de l'approche du jour suprême fut tenace au cœur de certains chrétiens, comme au cœur de Tertullien lui-même, on put s'illusionner sur la portée pratique d'un tel rigorisme ; mais quand il fut avéré que la vie du monde ne touchait pas encore à son terme, il fallut que tous les fidèles admissent les tempéraments que la plupart acceptaient depuis longtemps. Devant l'écroulement de son plus cher espoir, Tertullien lui-même ne les aurait pas refusés, ou il aurait suivi les intransigeants et les timorés au couvent. C'est en ce sens, c'est-à-dire en propageant des idées qui échappaient à toute pratique séculière normale, qu'il a préparé^ l'abandon du siècle et le moine. Car le monachisme est né précisément de la contradiction entre les

Page 1