‹ TertullienChapitre 395 sur 561 · Voy. V Apologie en entier et Monceaux, op. cit., p. 3o · texte numérisé non relu

Voy. V Apologie en entier et Monceaux, op. cit., p. 3o

4. Voy. par exemple Lucien; c'est un homme intelligent et ouvert; il y a chez lui des traces de véritable esprit scientifique ; ainsi, dans le Menteur d'inclin., 8, il parle de la médecine avec infiniment de bon sens et il sait traiter de contes de bonne femme (ypaôJv [xûOoi xà X£yô[j.cva èîti) tous les racontars médicaux et les histoires de remèdes extraordinaires qu'il vient d'entendre ; de même, dans Y Eloge de la mouche, il y a la preuve d'une observation très fine et très juste de cet insecte et cependant c'est ce sceptique qui nous raconte que si on jette une pincée de cendre sur une mouche morte, elle renaît aussitôt à la vie ; c'est lui qui nous affirme qu'il y a des mouches hermaphrodites et il nous donne, du même coup, la mesure de sa méthode et de sa science. Il y a lieu de croire que les ouvrages perdus d'Apulée nous conduiraient à une impression semblable. Toutefois, il est possible de rencontrer chez Celse de sérieuses considérations scientifiques : voy. par exemple la doctrine de l'éternité de la matière, qui ne fait que se transformer sans cesse (C. Celse, IV, 60) ; mais ce n'est point de la

elle est un recueil d'anecdotes non vérifiées, une couverture pour les sophistes, et un arsenal pour les sorciers,

II. — Dans les écrits chrétiens, il est difficile de distinguer la philosophie de la science, quand ils parlent de l'une ou de l'autre ; et c'est une confusion qui se comprend très bien, puisqu'en fait elles se confondaient le plus souvent dans la même personne. Si je suis obligé de les considérer l'une après l'autre, c'est pour une simple raison d'exposition, et le rapport constant entre elles est aisé à rétablir.

Il avait été impossible aux chrétiens de ne pas se préoccuper de la philosophie, parce que le christianisme avait Justement les mêmes prétentions qu'elle, celle d'être une métaphysique et celle d'être une morale. Il s'en suivait nécessairement que, d'un côté comme de l'autre, il devait surgir des sentiments hostiles au premier contact. L'attaque vint du christianisme, parce qu'il connut la philosophie avant que celle-ci ne le soupçonnât. Du premier Jour, il se présenta comme la philosophie inspirée du Dieu, source de toute vérité, opposée à la philosophie humaine, prétentieuse et vide. « Nous prêchons la philosophie, disait Saint Paul, mais une philosophie qui n'est pas de ce siècle, ni des princes de ce siècle, lesquels passeront; mais nous prêchons la philosophie de Dieu, celle qui était Jadis enveloppée de secret, celle que Dieu a décrétée avant les siècles, afin qu'éclatât notre gloire, et qu'aucun des princes de ce siècle n'a connue. Et c'est à nous que Dieu l'a révélée par l'Esprit '. » Et ailleurs : « Si quelqu'un d'entre vous paraît être savant dans ce siècle, qu'il se fasse ignorant, afin de devenir savant. Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu \ >> La doctrine chrétienne sur la philosophie se trouve ainsi réglée et avec une rigueur telle que les docteurs chrétiens ne pourront Jamais faire mieux, dans leurs argumentations contre les philosophes « du dehors », que de revenir à cette dernière phrase : « La sagesse de ce monde est folie devant Dieu. » La sagesse du monde, c'est-à-dire, la philosophie et la science, est irrémédiablement frappée de folie et de stérilité parce qu'elle n'a pas conduit l'homme à la connaissance de Dieu : les Juifs peuvent crier au scandale et les Grecs à l'insanité, les chrétiens sont sûrs de posséder et de posséder seuls toute la vérité ^ Rien n'est plus

science sortie de l'expérience; elle est toute a priori, venant simplement de la réflexion philosophique.

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