Jacques, V, 16 et s
4. C'est une idée qui s'affirmera surtout plus tard, quand TEglise essaiera de réduire les conflits entre la foi et la science (Clém. Alex., Strom., II, i, 3 ; August., De doctr. christ., II, 42, 63); mais qui se trouve déjà chez Justin, Coll. ad Graec, 8; chez Tatien, Adv. Graec, 20 et 27, parce quelle est selon l'esprit du christianisme; plus même, plie est la clé de voûte de la religion chrétienne.
L'accord ne s'y fait tout de suite que sur une question préalable, la subordination de la science à la révélation '. Il est admis que quiconque prétend se passer de l'une et se contenter de l'autre, erre misérablement ^; les chrétiens, instruits par l'Esprit Saint, savent seuls la vérité sur le monde -^ Mais, sur la question de savoir si la science peut exister en même temps que la révélation, les opinions se partagent. Les uns, comme Tatien, estiment que toute recherche, toute discussion scientifiques ne sont qu'affaires et querelles de mots, et que les prétendus savants ressemblent àThersite, le plus bavard de tous les hommes. Il n'a aucune peine à rapprocher quelques notions vraiment scientifiques de niaiseries évidentes, et il prétend détruire les unes par les autres; il met, par exemple, sur le même plan la doctrine de l'incandescence du soleil, et l'histoire, rapportée par Hérodote, d'un lion tombé d'une autre terre et tué par Hercule; il couvre du même mépris les arguments subtils des philosophes, la cosmographie et l'astronomie. 11 va plus loin, il penche à croire que la plus positive des sciences, la médecine, n'est qu'une invention des démons. La vraie guérison ne peut être obtenue que par celui qui se réfugie dans la vertu de Dieu, laquelle est bien plus puissante que les drogues matérielles, car mieux vaut placer sa confiance dans le Créateur que croire à l'efficacité de la matière. Par indulgence extrême, Tatien accorde qu'on use de ces remèdes humains (xx-à (j<j'('(^jioixr^'j ïruzpi-KM croi), mais à la condition de rapporter à Dieu la guérison, si l'on guérit ''. Saint Jacques n'avait-il pas dit que le chrétien malade n'a qu'à faire venir des anciens de la communauté, s'oindre d'huile et prier avec eux? Dieu doit le guérir ^ D'ailleurs, Tatien reproche, le plus sérieusement du monde, aux savants de son temps d'être dogmatiques ^, tout en décrivant lui-même, sans hésiter, le monde divin où son âme aspire et qui lui a été, dit-il, révélé par les prophètes \ C'est, au fond, à cette thèse que se range S. Justin, car, selon lui, les hommes ne peuvent même pas saisir ce qui se passe sur la terre, et les savants, non seulement se contredisent entre eux, mais
I. Luc, X, 21 : « Je te rends grâce, ô mon Père, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux savants et de ce que tu les as révélées aux enfants » (Reuss, p. 441); Math., XI, 25 et s.
2.Ep. à Diogn., 12; Justin, Coh. ad Graecos, 8 ; Thcoph., Ad Aiitol. , II, 3o, où est alïirmée la supériorité historique de la Bible sur les poèmes homériques ; Tatien, Adv. Graec, 20; Irénée, Adv. omn. Iiaer., II. 28, 2 et les reproches de Celse, dans Orig., C. Celse, III, 72, 77.