L'ART
I. — Place de l'an dans la vie païenne à la fin du ii" siècle; ses caractères à cette époque; sous quel point de vue les chrétiens le considèrent. — II. Le point de vue et les doctrines de Tertullien. — III. Evolution des idées chrétiennes sur l'art.
l. — Tertullien proscrit donc la science sous ses aspects divers, en ce qu'elle a la prétention de rechercher ce que Dieu peut seul savoir; l'art est moins ambitieux; il se contente d'exprimer la nature ou l'imagination des hommes sous des formes belles, charmantes ou intéressantes, soit par leur heureux rapport avec la réalité tangible, soit par une interprétation de cette réalité, qui la montre sous un jour nouveau. L'art peut, certes, être spéculatif, mais il semble, au premier abord, que, dans ce cas même, il reste, assez en dehors des préoccupations théologiques pour faire bon ménage avec elles. Ce n'est pourtant pas ce qui arrive toujours. L'art, qui est essentiellement une manière de voir et de sentir, s'applique à quantité d'objets; toutefois, nous le considérerons seulement sous ses trois formes usuelles : l'art plastique, en y rattachant l'architecture; l'art musical qui, chez les anciens, s'agrémentait de l'art chorégraphique ; enfin l'art littéraire, c'est-à-dire l'art oratoire, qui vaut d'être examiné à part, et la littérature proprement dite.
L'art n'est point, comme la science, en quelque sorte impossible à éviter. Tous les hommes ne sont point naturellement capables de le goûter et son utilité ne s'impose pas comme celle de la science. Il a besoin, pour vivre, de la volonté expresse de l'homme, car il suffit de quelques années d'aveuglement ou de barbarie artistique pour qu'il disparaisse d'un pays, ou du moins s'y étiole. Les hommes ne peuvent pas vivre sans certaines connaissances empiriques; ils vivent très bien sans l'art et on conçoit que, de