‹ TertullienChapitre 426 sur 561 · L ART · texte numérisé non relu

L ART

parii-pris, ils le dédaignent. Il faut avouer, au reste, que l'art du début du in« siècle n'était point si brillant et si vigoureux, qu'il dût forcer les répugnances du christianisme et s'imposer à lui. Il existait dans l'Empire, au temps de TertuUien, un art très fécond et qui tenait une grande place dans la vie matérielle ' : Il est certain que la décoration des maisons d'une petite ville comme Pompéi, que la profusion de débris artistiques que nous ont légués les trois premiers siècles de notre ère, prouvent un grand développement, sinon du goût artistique, au moins du goût pour les objets d'art. Il y a même déjà une véritable critique d'art \ La littérature s'épanouit en tous les genres et la réputation d'un Fronton \ la gloire d'un Apulée ", par exemple, montrent en quelle estime on pouvait tenir les artistes. Il y avait donc beaucoup d'amateurs, un groupe notable de connaisseurs et un grand nombre d'hommes qui s'employaient à des besognes d'art. Etaient-ils vraiment des artistes ? Y avait-il vraiment un art? C'est autre chose. II ne suffit pas de professer la rhétorique et d'en enseigner les règles pour devenir un grand écrivain, non plus qu'il ne suffit de parler d'art et d'aimer les objets d'art pour être un artiste ; surtout ce n'est ni le professeur qui crée l'écrivain, ni le critique qui suscite l'artiste. Nous sommes loin de posséder tout ce que le second siècle a produit, tant au point de vue littéraire qu'au point de vue des arts plastiques; toutefois, il nous en reste assez pour avoir une impression générale. II faut bien convenir qu'elle est assez médiocre, précisément parce que nous ne trouvons presque nulle part, dans les œuvres de ce temps, la spontanéité, la sincérité et la flamme. On a particulièrement remarqué la désolante monotonie de toutes les productions des arts plastiques. Elle est telle, en effet, qu'un seul homme ou, si l'on veut, un seul atelier, ou une seule école, pourrait avoir enfanté tout ce que nous avons conservé. C'est qu'en réalité l'art n'est plus guère que décoratif et est tombé dans le procédé, comme la littérature a sombré dans la rhétorique. La qualité de rhéteur est celle que recherchent les gens de lettres d'alors avant toutes les autres ; c'est à elle qu'ils demandent la réputation et la fortune \ La rhétorique est, non pas la

1. Clém. Alex., Disc, aux gent., IV, 58, insiste sur la surabondance de la production artistique.

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