Lucien, Op., passim et Philostr., Imagines
3. Voy. la curieuse correspondance entre M. Aurèle et Fronton; le brave rhéteur s'en fait accroire, mais il est au moins sûr de la place que tient son art dans les préoccupations des gens instruits.
4. Apul., Floi-ides, III, 16, sur les statues et honneurs divins prodigués à Apulée dans diverses villes.
b. La gloire d'Apulée, un des modèles du genre, est bien connue ; mais voyez
forme originale, car il y eut des rhéteurs en d'autres temps, mais la forme caractéristique de cet art littéraire. Si nous en croyons l'amusante charge de Lucien, Le maître de Rhétorique^ point n'était besoin d'un grand effort d'esprit pour y exceller. Il suffisait de placer au-dessus de sa porte une couronne de palmes tressées, de payer d'audace, de ne rien savoir et de parler à tort et à travers; surtout de ne pas perdre son temps à étudier les vieux maîtres, Platon et Démosthène; on restait ainsi un être nul et prétentieux, au besoin méprisé, mais on devenait un personnage et on atteignait la richesse '. Il y a quelque vérité dans cette satire plaisante ; il est certain que l'art oratoire de ce temps est tout de surface, étant fait seulement d'ingéniosité, de petits moyens et de plus petits artifices. Poussé à sa limite, il donne le marivaudage de Lucien, l'agitation inquiète et ridicule de Fronton, ou la suffisance d'Apulée : il conduit le malhonnête homme à exploiter ses contemporains, ainsi que le fait le héros de Lucien et il cache mal la sottise de Timbécile, du Cappadocien, dont le même Lucien nous dit quelque part que le talent est plus rare que les tortues ailées \ En tous cas, que nous considérions l'art plastique ou l'art littéraire, nous sommes en présence d'un art d'école dans lequel l'imagination créatrice est morte. On peut certes y rencontrer des techniciens habiles, des praticiens entendus, mais plus d'écrivains et plus d'artistes originaux ". Sous toutes ses formes, d'ailleurs, cet art se présente aux chrétiens tout au plus comme une agrémentation, un enjolivement de la vie terrestre et pas du tout comme une des manifestations les plus hautes et les plus puissantes de l'esprit humain. Le christianisme doit donc se tenir en garde contre des occupations qu'il juge futiles et des objets qu'il ne peut que trouver superflus.
D'autres raisons, d'ailleurs, déterminent sa position vis-à-vis de l'art. D'abord l'idée qu'il se fait lui-même de la beauté, puis diverses considérations issues, les unes de la doctrine chrétienne et de ses tendances générales, les autres des conditions morales dans
dans Adv. Valent., S, avec quelle souplesse se présente à Carthage, ville de connaisseurs, un rhéteur que Tertullien qualifie cependant de frigidissimus. La scène est assez jolie : Venio, inquit, ad vos optimi cives, de praelio cum Victoria mea, cum fclicitate vestra, ampliatiis, §^loriosus, fortunatus, gloriosus, tviitmphalis. Et scholastici statim familiae Phosphori (c'est son nom) : «I>sû. On se demande ce que le brave homme aurait dit si son talent avait été autre chose que frigidissimus.