Exode, XX
6. Justin, Dial. C. Tiyph., 94, examine la question de savoir si Dieu s'est contredit sur ce point : il a ordonné à Moïse de ne faire aucune figure ou image de ce qui est au ciel ou sur la terre et pourtant, il a enjoint au même Moïse d'élever un serpent d'airain. C'est qu'en réalité, ce serpent est un symbole; il désigne le mystère de la croix, qui devait guérir tous les hommes de la morsure des serpents, c'est-à-dire des péchés. Un des Juifs présents à la conversation qu'imagine Justin, se déclare enchanté de cette explication, qui, en supprimant la contradiction des textes, empêche de blasphémer contre les livres Samts.
7. Tatien, Adv. Graec, 4 : ... otti^ àv6pw-tvoi; oûx è'jtiv ôpato; o-JÔaAaoï; où
sans nul doute paru d'une irrévérence voisine de Tidolâtrie. Le christianisme n'avait encore que sa symbolique qui pût être un excitant, au moins pour l'art décoratif, et sa doctrine dont l'exposition et la défense pouvaient susciter et alimenter l'éloquence.
Au reste, l'art ne pouvait plaire aux fidèles, parce qu'il leur était beaucoup plus facile de le juger comme ils le voyaient que de l'apprécier tel qu'ils le pouvaient faire. A part l'art décoratif pour ainsi dire domestique, le bibelot d'art, dont les sujets immodestes les choquaient parfois beaucoup ', et la littérature courante, qui s'accordaient difficilement avec la simplicité et le détachement que prêchait le christianisme, les seuls efforts de grand art qui fussent faits Tétaient pour la construction, la décoration d'un temple ou la représentation des dieux. Cet emploi usuel de l'art, tant familier que public, devait suffire à le rendre antipathique aux chrétiens, toujours hantés par la crainte de l'immoralité et de l'idolâtrie \ Une dernière raison achevait de les éloigner de l'art : les artistes leur semblaient gens peu recommandables, particulièrement les peintres et les sculpteurs, parce qu'ils travaillaient avec des modèles de mœurs douteuses et dont l'ordinaire dévergondage n'était pas sans quelque influence sur ceux qui les fréquentaient ■'. D'ailleurs, le nu, ou seulement l'idée du nu, effarouchait les chrétiens et l'étude du nu est indispensable aux arts plastiques véritablement vivants. Prédominance des considérations morales, et pudibonderie, voilà deux raisons qui éloignaient le chrétien des artistes, et partant, de l'art, car ce que fait l'homme vaut l'homme. Il devait donc paraître à peu près impossible à un fidèle qu'un artiste évitât l'idolâtrie et la fornication, ou, au moins, l'impudicité ; et que l'art ne fût pas idolàtrique et immoral.
On concevait que la littérature, l'art oratoire, échappassent à la plupart de ces reproches ; mais non pas à tous. Les poètes, par
Ti/vY) Tzzp'.lr^T.xo;. M. FéVw, Octav. : Quem colimus Deum nec ostendimus nec vidimus. Immo ex hoc Deum crcdimus, quod eum sentire possumus : videre non possumus.
1. Clém. Aiex., Disc, aux Gent., IV, 60, consacre un assez long développement à ce sujet; il insiste sur les épisodes de l'histoire de Vénus ou de Jupiter, qui s'étalent sur les murs des appartements comme sur le chaton des bagues, sur ces statuettes obscènes, dont le musée secret de Naples nous offre tout un choix, et qui, selon lui, sont le plus grand régal des païens.
2. Cette impression est très nette chezTatien, Adv. Gvaec, 33 et 34. Ce qui le frappe, c'est que les statuaires s'évertuent à reproduire les traits d'hommes qui n'en valent pas la peine : il examine les statues célèbres et il s'efforce d'établir qu'elles ne représentent que des gens infâmes, qui n'ont rien fait pour mériter une statue. Il est clair qu'à ses yeux le sujet seul compte et que la beauté de la forme n'a pas de valeur.
3. Justin, / Apol., 10 : xal xi; èa'jTwv za'.ôisxa; j'jvspyaî^oixévai; 'f6sipO'j3iv. Idées analogues reprises par Arnobe, Adv. )iat., VI, i3.
l'art 453
exemple, étaient, aux yeux des chrétiens, les inventeurs, les propagateurs des fables impies qu'ils rendaient encore plus dangereuses par les charmes dont ils les entouraient. L'art oratoire était une inquiétante jonglerie de mots, déconcertante et perfide, qui permettait de combattre la vérité d'une manière spécieuse. Il est vrai qu'il permettait aussi de la défendre; mais l'Apôtre avait pu s'en passer, et, fondé sur la seule puissance de Dieu, il avait trouvé les accents capables de propager la foi'. La musique, bien qu'employée par les païens dans leurs fêtes religieuses, semblait aussi échapper, par la facilité de son immédiate adaptation chrétienne, au reproche de paganisme intrinsèque ; elle avait été fort en honneur chez le peuple de Dieu. Aussi voyons-nous S. Théophile affirmer que l'invention de la musique doit être attribuée à la descendance de Gain, et qu'elle remonte, avec elle, bien plus haut que le déluge; qu'elle est, par conséquent, antérieure à Apollon et à Orphée \ Et il est vraisemblable que, de très bonne heure, les frères usèrent de ce si commode et si séduisant moyen de manifester leurs sentiments pieux : ils chantèrent.
Les reproches divers qu'ils pouvaient faire à l'art en général et les textes vénérés qu'ils devaient invoquer contre lui n'aboutissent cependant pas à son interdiction absolue, mais seulement, chez les orthodoxes \ à une extrême défiance à son égard et à l'idée de son inutilité; c'est cette impression dernière qui semble dominer et nous avons, pour l'établir, de nombreux et péremptoires arguments de fait. Il est clair, d'abord, que les chrétiens ne tardèrent pas à comprendre qu'à tout le moins l'architecture, l'art oratoire et la poésie pouvaient échapper complètement au reproche d'idolâtrie et s'adapter à la foi. Il se peut qu'ils aient hésité davantage en face de la peinture et de la sculpture, parce qu'il leur était plus difficile d'adopter, sans les modifier, les procédés dont elles usaient et particulièrement les figures; mais ils finirent par transiger, même avec elles. Très probablement, le sentiment de l'inutilité de l'art demeura toujours quelque chose de personnel, que tous les chrétiens n'éprouvèrent pas également, et que les chrétiens riches, qui modifièrent plus aisément leurs croyances que leurs habitudes, n'éprouvèrent pas du tout. Très vite, le christianisme orthodoxe se