Ad Aiitol. II, 3o
3. D'après Irénée, Ad omn. Iiaer., I, 25,6, certains hérétiques, notamment les Carpocratiens, donnaient, au contraire, une large place à l'art plastique dans leur culte; ils avaient des images de Jésus, qu'ils couronnaient de fleurs, comme faisaient les païens et auxquelles ils joignaient des statues de Pythagore, de Platon et d'Aristote.
laissa envelopper par le goût courant pour l'art d'ornement et, quand il voulut marquer d'une manière précise la vénération qu'il avait pour les morts, il recourut à cet art '. Il en emprunta les procédés, les types, les motifs usuels ei même les figures; sa symbolique s'accommoda aisément des sujets familiers aux décorateurs, moyennant de très légères modifications. Les Saisons, Orphée, les scènes de pêche, par exemple, sont d'un emploi constant dans la décoration païenne des catacombes. L'art chrétien eut assez vite, lui aussi, ses types familiers, comme l'Orante ou le Bon Pasteur; mais, ce qui domine, à beaucoup près, dans les motifs qui couvrent les murs des nécropoles chrétiennes, durant les deux premiers siècles, ce sont les décorations mixtes, qui n'ont pas un caractère franchement chrétien et font partie du formulaire courant du décorateur. Ce sont les oeuvres, ou d'artistes païens embauchés pour la circonstance, ou d'artistes récemment convertis et incapables de modifier leurs modèles. J'avoue pencher plutôt vers la seconde hypothèse % bien qu'on puisse, en faveur de l'autre, tirer un argument sérieux de la présence, dans les catacombes, de quelques figures nues et de types absolument païens empruntés, par exemple, à l'histoire de l'Amour et de Psyché, Au m® siècle, où l'influence chrétienne, ou, si l'on veut, l'action de l'Eglise se fit plus exclusivement sentir dans les catacombes qu'aux deux premiers, au détriment de l'initiative privée, l'exécution technique perdit de sa précision et de sa fermeté. Mais cette remarque, qui pourrait porter à croire que la décadence tient à l'intolérance de l'Église à l'égard des artistes païens et à leur exclusion par elle, n'infirme pourtant pas ma conclusion. Il est vraisemblable, en effet, que les artistes d'origine et d'éducation chrétiennes ne voulurent pas se plier à la fréquentation des ateliers païens et à leurs exercices ; ils pouvaient voir de nombreux inconvénients à vivre dans ce milieu mêlé où l'on travaillait beaucoup pour les temples. Il y eut donc probablement pénurie d'habiles artistes chrétiens au 111'= siècle, parce qu'à cette époque, un plus grand nombre d'entre eux furent chrétiens de naissance, et qu'il fallut du temps pour constituer une éducation artistique chrétienne; tandis qu'aux deux premiers siècles, il dut entrer dans le christianisme beaucoup d'artistes païens, qui n'oublièrent pas, en se convertissant, leur éducation et leur technique. La preuve en est fournie par le fameux vase de plomb découvert
1. Je renvoie aux ouvrages classiques de de Rossi, Roma Sotter.; de Kraus, Die kristliche Kiinst in ihren fnUiesten Anfàngen ; de Le Blant, Les Sarcophages; de Northcote et Brovvnlow (adaptation française d'Allard), ou simplement au très bon petit résumé de Pératé, Z-"arc/j. dirétienne.
2. C'est, semble-t-il, l'opinion de Renan, M, Auv., p. 543 et n.
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en Tunisie et où l'on trouve pêle-mêle, réunis dans le simple but de produire un bel effet, tous les types décoratifs usuels, de l'art chrétien et de l'art païen '.
Quelle que soit, au reste, la vérité, deux points demeurent acquis à savoir que l'art est si mal interdit aux chrétiens, ou s'impose si bien à eux par la puissance de l'habitude, qu'ils ont recours à lui, même sous la forme proscrite des images, dès le premier siècle; et que le iii^ siècle marque une période d'épuration chrétienne de cet art, en même temps qu'une diminution de sa valeur proprement artistique.
Au point de vue littéraire, la situation est la même. Ce sont, en définitive, des païens convertis, façonnés par la culture païenne, qui ont été les plus grands écrivains du christianisme primitif ^ : Tatien, S. Justin, Tertullien, Arnobe, peut-être Origène, plus tard S. Augustin. Et si ces hommes ont incontestablement une vigueur et une force de vie qui manque, en général, à leurs contemporains païens, c'est qu'ils ont au cœur des sentiments énergiques et sincères, qui les arrachent à l'influence débilitante de la rhétorique d'école et mettent une âme sous les formules classiques. La littérature chrétienne subira la même crise que l'art chrétien, mais à un degré moindre et avec beaucoup moins de persistance. Les écrivains purement chrétiens, je veux dire chrétiens d'origine et d'éducation, manqueront peut-être un peu de cet art d'école qui, se montrant parfois trop, donne tout de même une grande solidité aux œuvres de Tertullien, par exemple; mais, au moins, l'énergie de la pensée et l'élan de son expression auront-ils moins à perdre que les arts plastiques à la disparition de la technique. Un grand écrivain est quelque chose de plus spontané qu'un grand artiste et l'habileté scolaire lui est moins indispensable. D'ailleurs les chrétiens ne se tiendront jamais tout à fait éloignés de l'école et celle-ci ne se dégagera jamais des méthodes et des habitudes païennes \
II. — Tertullien aborde donc la question de l'art à un moment
1. Le Blant, Les ateliers de sciilpt. clie:^ les prem. clire't., Rome, 1884.
2. Il convient toutefois de remarquer que notre jugement en la matière n'est pas très bien informé, car nous avons perdu la plus grande partie de la littérature chrétienne antérieure à Tertullien. Il semble, par exemple, qu'il y ait eu en Asie, au second siècle, une ample floraison d'écrits chrétiens; ils s'oublièrent peu à peu, parce que les opinions de leurs auteurs s'éloignant souvent de ce qui fut l'orthodoxie; on s'abstint de les copier. Voy. Renan, M .-Aiir., p. 192. Nous avons, de même, été privés de la presque totalité de la littérature gnostique. Pour apprécier l'étendue des pertes, rien que pour le second siècle et les orthodoxes, voyez Eus., H. E, V, 27.