Sur ce point, voyez le chapitre suivant
OÙ elle est encore chrétiennement indécise, où, du moins, les opinions que les chrétiens ont sur elle, demeurent individuelles et divergentes. La théorie, si j'appelle ainsi l'avis moyen des écrivains chrétiens, n'est pas favorable à l'art; la pratique tend au contraire à l'imposer, et, au moment où Tertullien écrit, des artistes inconnus ornent à Rome la crypte dite de S. Janvier, dans le cimetière de Prétextât. L'incertitude de cette position explique les hésitations de notre auteur, qui n'a pas, en l'espèce, de doctrine absolument ferme.
Dès l'abord, il paraît que ce qui semble à Tertullien particulièrement caractéristique des arts plastiques, c'est qu'ils servent à la représentation des faux dieux et à l'ornementation de leurs temples et qu'ils s'inspirent de leurs légendes '. Cela suffit pour qu'il les déteste, mais il ne va pas jusqu'à les proscrire en principe, !1 semble que, sur ce point, il ait fortement subi l'influence des idées juives qui, nous l'avons vu, n'étaient point non plus bien arrêtées. Il lui fallait remonter jusqu'à l'Ancien Testament, puisque le Nouveau n'abordait pas la question ; les raisonnements plus ou moins complets qu'il avance nous montrent bien qu'il a été empêché de préciser ses propres opinions, par cette incertitude de son point de départ.
Il est, dit-il, écrit dans la Loi divine, « Tu ne feras pas d'image » ' : C'est là un précepte clair et on ne devrait point admettre dans l'Église ceux qui le violent; ils sont nombreux, car, par ce terme d'image. Dieu a entendu la représentation de tout ce qui vole, marche ou nage '. Cependant il est question dans la Bible du serpent de Moïse et des Chérubins de l'arche, et ces deux témoignages d'une violation presque divine du précepte divin '' ne sont point sans gêner Tertullien. Il se contente de reprendre l'explication de Justin '% laquelle doit être d'emploi courant de son temps : Le serpent, ce n'est sans doute qu'un symbole pour annoncer la croix de Jésus, qui devait nous délivrer des serpents ^ Quant aux chérubins, on ne peut toujours pas dire qu'ils aient rien de commun avec les idoles ; alors ils ne violent vraiment pas la Loi \
1. De spectac, lo, présente les arts comme inventés et inspirés par les démons dans leur intérêt; mais il faut entendre les arts employés au service des faux dieux.
2. De idol. : ne fcceris similitudinem. Adv. Marc, II, 22 ; Exode, XX, 4.