‹ TertullienChapitre 432 sur 561 · De idol · texte numérisé non relu

De idol

7. Adv. Marc, W, 6: non vidcntur similitudinem prohibitarum Icgi rcfragari non in eo similitudinis statu deprchensa ob quam similitudo prohibetur.

l'art 467

Nous avons là une interprétation très Juste de la loi Juive, en même temps qu'une idée très nette de ce que pense personnellement Tertullien. La Loi défendait les images par crainte de l'invasion des Baalim et des veaux d'or, mais elle les tolérait à titre tout exceptionnel, en les réservant à l'ornement du temple de Dieu. Tel est aussi le point de vue de Tertullien; il se méfie, en voyant l'emploi ordinaire de l'art; mais il ne serait pas radicalement ennemi d'un art sacré; il n'aurait peut-être pas été iconoclaste, s'il avait vécu au moment où s'exerça la rage des ennemis des images. Je dis peutêtre, car il semble qu'il y ait eu dans son esprit, à ce point de vue, aggravation de rigorisme au fur et à mesure qu'il s'enfonça davantage dans le montanisme. C'est du moins ce qui me paraît résulter d'un double texte du De pudicitia, ouvrage montaniste; Tertullien s'y élève, semble-t-il, contre l'usage de ces calices de verre ornés de figures symboliques, couramment employés alors dans l'Église orthodoxe, si nous l'en croyons. Dans le premier texte ', sa mauvaise volonté ne s'affirme que par les mots « Vos calices ornés de la figure du Bon Pasteur»; ce qui implique que ceux de son église ne portent pas ces ornements qu'il désapprouve. Dans le second, ce n'est pas contre le dessin en soi, c'est contre le sujet choisi qu'il proteste, contre la figure de ce Pasteur, qu'on peut croire celui d'Hermas et qui est l'ami des fornicateurs et des adultères \ Sa représentation est le taon de la débauche, puisqu'elle est le portrait d'un pseudo-Christ dont l'indulgence semble encourager le vice impardonnable. Il ne faudrait pas, à mon sens, chercher dans ces deux textes autre chose que l'indication d'une aggravation possible de rigorisme chez Tertullien montaniste ; il serait exagéré d'y voir une interdiction des ornements sur les vases sacrés, à plus forte raison une interdiction générale de l'art. Il ne faut pas oublier, en effet, que les chapitres du De pudicitia auxquels ils se réfèrent sont destinés à combattre l'indulgence de l'Église à l'endroit de deux péchés que Tertullien condamne sans rémission : la fornication et l'adultère; et qu'il prétend y répondre à l'argument orthodoxe de la miséricorde inaltérable du bon Pasteur, ramenant sur ses épaules la brebis égarée. Il est probable qu'il y avait d'autres sujets sur les calices du iii« siècle ; nous possédons un certain nombre de ces vases, sans doute plus rapprochés de nous par leur date, mais

1. De piidic.^ 7 : Procédant ipsae picturae calicum vestrorum, si vel in iis perlucebit interpretatio pecudis illius, utrumne christiano an cthnico peccatori de restitutione conliniet.

2. De piidic, 10 : cui illc si forte patrocinabitur pastor, qucm in calice depingis, prostitutorem et ipsuin christiani sacramenti, inerito et ebrietatis idolum, et maechiae asilum post calicem subsccuturae, de quo nihii libentius bibas, quam ovim pçnitentiae secundae.

d'une décoration très variée. Tertullien ne parle que du sujet qui l'intéresse ; il ne dit rien non plus de la décoration des catacombes. Il proteste donc seulement contre un motif d'ornement qui se rapporte trop à un argument qui lui déplaît et non contre tout l'art décoratif appliqué au christianisme.

En revanche, il proscrit absolument les arts plastiques païens; son goût artistique, en supposant qu'il en ait jamais eu un, ne résiste pas à sa haine de l'idolâtrie ; la plus parfaite des Vénus lui paraîtrait d'autant plus dangereuse qu'elle serait plus belle, plus apte à entraîner les hommes dans le péché. Préoccupé, comme il l'est constamment, de rigorisme moral, il ne saurait avoir, et n'a pas, une âme d'artiste. Un des gros reproches qu'il fait à Hermogène, c'est d'être peintre d'idoles ' et il engage tous les fidèles, qui auraient un pareil métier, à ne pas le croire indispensable à leur existence ^; ils peuvent employer leur talent aux besoins de la vie courante \ Nous touchons ici à une des difficultés que rencontra, dans son extension, le christianisme pur. Beaucoup d'hommes voulurent devenir chrétiens, qui avaient coutume de gagner leur vie en exerçant un métier plus ou moins païen ; il était difficile de les y faire renoncer, parce que leur simplicité n'attachait aucun sens religieux à des objets qu'ils façonnaient depuis longtemps et parce que le souci de leurs besoins matériels passait chez eux, d'instinct, avant tous les autres. Il est clair qu'un peintre décorateur moderne qui barbouille une statuette de la Vierge, n'a pour son œuvre aucune vénération et n'attache pas une valeur de foi à son métier; pourtant, aux yeux d'un anti-chrétien intransigeant, il contribue de son effort à entretenir la superstition, puisqu'il fabrique des objets qui s'y rapportent. C'était un raisonnement du même genre qui poussait Tertullien à interdire aux fidèles d'être peintres ou sculpteurs d'idoles. Ce qui me paraît confirmer que tel est bien, en effet, le sens de ses interdictions, c'est qu'il ne dit mot de l'architecture et qu'il ne repousse pas la musique \ qui étaient d'une application plus facile au service de Dieu et qui, sans doute, y étaient déjà plus couramment employées que les arts plastiques.

C'est encore du même point de vue qu'il considère l'art oratoire. Sans doute, un chrétien ne peut pas, selon lui, enseigner cet art,

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