De idol., 5 et s
4. Ad tixor, II, 9 ; Exhort. castit., 10, pi*ouverait, au contraire, qu'il admet parfaitement qu'on chante dans l'Ég'ise des psaumes et des hymnes.
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car il ne le pourrait faire, étant donné les usages établis, sans tomber dans l'idolâtrie, mais il doit l'étudier, car il y trouve une arme pour défendre la vérité '. Au fond, Tertullien cède là à un penchant de son propre esprit et de sa propre nature. Il avait évidemment fait de très solides études de rhétorique et jamais rhéteur n'avait trouvé meilleur élève que lui. Au premier abord, cependant, sa thèse aboutirait à une conclusion singulière : s'il arrivait que, le monde prolongeant son existence, la vérité fût partout reconnue, l'art oratoire devrait disparaître, puisqu'il n'y aurait plus que des chrétiens pour l'enseigner et que la vérité n'aurait plus besoin d'être défendue. Tertullien n'admettrait pas cette conclusion, car, en réalité, la vérité ayant toujours besoin d'être exposée, il ne saurait lui être indifférent qu'elle le soit bien ou mal. Sans avoir l'âme d'un Fronton, il est trop rhéteur pour priver ses frères des ressources qui lui ont tant servi. Il faudrait donc que des chrétiens se décidassent à enseigner l'art oratoire. Il l'admettrait, je pense, très bien, seulement, il voit à la réalisation de cette éventualité, plusieurs difficultés, qui achèvent de nous faire comprendre le sens et la raison de sa doctrine sur l'art. Le monde est organisé de telle sorte que le chrétien ne peut y vivre et éviter l'idolâtrie qu'en prenant des précautions de tous les instants : il aurait une plus grande aisance d'allures si le paganisme disparaissait, puisqu'une foule d'occupations pourraient parfaitement durer en cessant d'être païennes. Mais d'abord, l'expérience de cet état nouveau n'est pas faite, ensuite Tertullien ne conçoit pas qu'elle se fasse avant la fin imminente du monde ; c'est pourquoi il ne ne prend pas la peine d'imaginer comment les choses pourraient bien s'arranger dans ce cas. Il s'en tient à ce qu'il voit, aux habitudes courantes de son temps et il les juge incompatibles avec la pratique chrétienne.
Il est probable qu'il admettrait, en même temps que l'art oratoire, et pour la même raison, la poésie et l'histoire, à la condition qu'elles ne soient pas de simples exercices d'esprit, mais qu'elles s'emploient au service de Dieu. Je n'ai rencontré nulle part l'expression nette de cette opinion et de cette tolérance, mais l'usage qu'il fait de l'histoire et la façon dont il envisage les poètes païens, me semblent prouver qu'il ne les conçoit, l'une et l'autre, que comme instruments de polémique et d'édification ". Je ne croîs pas m'avancer trop en disant que les vers qui lui sont attribués, sans
î. De idoL, 10. , . c •
2. De testimon. anim., i : vani poetae. Il leur reproche surtout d'avoir fait
Un mauvais usage de la poésie, plus qu'il ne blâme la poésie elle-même ; De
anima, 18 et 3'i.
raison sérieuse ', et qu'on trouve en appendice de ses œuvres authentiques, peuvent — la forme mise à part — nous donner une idée d'un des emplois qu'il assignerait à la poésie '^ : combattre pour la foi ; Commodien, poète de combat par excellence et si près de lui par l'esprit, recevrait sans nul doute son approbation. Les Actes de Sainte Félicité et de Sainte Perpétue, dont l'attribution est encore plus douteuse que celle des vers dont je viens de parler, peuvent nous laisser entrevoir ce que serait l'histoire entre ses mains \
Ainsi, TertuUien ne proscrit pas l'art en soi ; il se méfie des séductions de l'art profane et en écarte le chrétien ; il en interdit au fidèle la pratique et évidemment l'admiration ; peut-être même s'en tiendrait-il à ces interdictions dernières, s'il voyait le triomphe complet de la foi et s'il croyait à la durée du monde. Malheureusement, le christianisme n'était pas encore, de son temps, capable de créer un grand art, et sans qu'il soit possible de lui attribuer complètement la décadence artistique du iii^ siècle, il est à remarquer qu'il agissait dans le même sens qu'une partie des philosophes et qu'il a certainement contribué à éloigner beaucoup des hommes qui sont venus à lui de l'art pur et désintéressé. Il faudra du temps pour que l'orientation de l'école change ; ce phénomène ne se produira qu'au iv« siècle, avec ce qu'on appelle la renaissance constantinienne.
III. — Les chrétiens eurent, dans la suite, quelque mal à s'entendre au sujet des arts plastiques; la question, du reste, était pour eux assez complexe. On y pouvait distinguer au moins trois points : Le christianisme pouvait-il admettre l'existence de l'art, d'une façon générale, et user de lui pour le plus grand honneur de la foi véritable? Pouvait-il accepter certains arts et rejeter les autres? En tous cas, que pouvait-il penser et faire des produits de l'art païen, quelle que fût leur attribution primitive, une fois qu'ils seraient écartés de tout usage idolàtrique ? Sur ces divers problèmes, il y eut en présence, parmi les chrétiens, deux opinions : l'une très confuse et très incohérente, celle de la masse des fidèles et des héré-
I. Les seuls sur lesquels on pourrait peut-être discuter sont ceux du poème Adversus Marcionem. Cependant, leur médiocrité, qui n'est pas voulue comme celle de Commodien, les rend bien suspects. Tertuilicn sa\ait la prosodie: De praercf. haerct, 'ig.