August., De doctr. christ., Il
9. Voy. Boissier, Fin du pagan., le chap. intitulé : Les origines de la poésie chrét.
néanmoins elle souleva, elle aussi, quelques défiances parmi les fidèles, notamment celles de Clément d'Alexandrie. C'est qu'en effet elle est encore plus sensuelle, je veux dire qu'elle peut agir plus directement et plus énergiquement sur les sens, que n'importe lequel des arts plastiques, et nous savons combien Clément les redoutait tous, considérés sous ce point de vue. Il n'interdit pas au chrétien l'étude de la musique en tant que science, forme sous laquelle la cultivaient certaines sectes philosophiques; il recommande même au chrétien instruit, au prêtre, de l'apprendre, parce qu'elle est un ornement de l'esprit et qu'elle adoucit les mœurs ' ; et aussi parce que ses modes enferment le sens mystique des choses divines, de même que les mathématiques ^. C'est, pour ainsi dire, de la musique pratique qu'il se méfie, et c'est surtout pour le commun des fidèles qu'il la redoute. Il insiste sur le trouble qu'elle jette dans l'âme et sur les écarts auxquels elle peut la porter ; il proscrit les instruments des païens, surtout la flûte (tùoiy^ et aùXôi;). qui conviennent mieux aux bêtes qu'aux hommes et leur font pourtant perdre la tête \ Il est certain que la musique païenne lui paraît extrêmement dangereuse. C'est là une opinion qui sera celle de tous les docteurs chrétiens, et une telle crainte exclut nécessairement l'admiration \ Clément d'Alexandrie admet cependant la musique dans l'église, à la condition qu'elle soit, par elle-même, modeste et pudique, sobre et grave, comme il convient au caractère chrétien, et exempte de ces modulations lascives qui ne peuvent être entendues que par les femmes de mauvaise vie \ Les chrétiens doivent user avec la plus grande prudence des instruments de musique, ne pas prendre au propre ce que l'Ecriture en dit parfois au figuré ^ et se défier de ces engins qui excitent les passions guerrières, portent à l'amour et allument la colère. Suit l'énumération de tous les instruments qui, chez les divers peuples, servent à ces usages condamnables et que le chrétien doit s'interdire absolument, car il lui suffit du verbe (Xô^w) pacifique pour louer Dieu '. Clément consent cependant à ce que le fidèle joue du luth et de la harpe, qui sont les figures du Verbe, et qu'il chante.
1. Strom., VI, II, 89 : âzTÉûv à'pa [xouatXT^i; tU xxTaxôa!J.Tiaiv fjOouî xal -/.axasTo-