Pedag., II, 4, 41 et
l'art 467
Il pousse la condescendance jusqu'à lui permettre d'user de cette musique épurée dans les repas privés, auxquels doit présider toujours l'amour de Dieu et du prochain \ parce que, loin d'exciter le désir, elle le modère et loue Dieu pour les biens qu'il nous donne \ C'est la musique calmante. Il n'est pas sûr d'ailleurs qu'elle se soit développée seule parmi les chrétiens et que les diaboliques modulations et les rythmes variés, que redoutait tant Clément, n'aient point trouvé moyen de s'introduire jusque dans l'église. Il semble évident qu'il n'y eut point, dès le début, de musique liturgique absolument fixe et que l'initiative de quelques musiciens évêques fit beaucoup pour en créer une; tel fut ce Néros d'Egypte, dont nous parle Denys d'Alexandrie, dans une lettre conservée par Eusèbe, et dont le chant réconfortait maint fidèle ^ S. Augustin avoue qu'il craint de se laisser trop saisir par la musique sacrée elle-même *, et il se demande s'il ne vaudrait pas mieux s'en tenir à la simple récitation d'Athanase d'Alexandrie, laquelle était plutôt une accentuation du texte qu'un chant \ Il penche pourtant pour le maintien de la vraie musique dans l'église, à cause du secours qu'elle apporte à la foi, en élevant l'âme de ceux qui sont encore peu avancés dans la connaissance divine; mais il demeure entendu pour lui que c'est un péché d'être plus sensible au chant qu'aux paroles ^ La cause de la musique ne fut donc jamais sérieusement compromise, et le christianisme ne tarda pas à offrir aux musiciens des sources d'inspiration qui ont produit des chefs-d'œuvre, et ne sont pas encore épuisées de nos jours, après Palestrina, Bach, Haendel, Beethoven, Wagner et Franck. Il n'y eut discussion que sur le genre de musique qu'il convenait d'accepter. Sur ce point, les vieux chrétiens ne se mirent pas d'accord, non plus que ne l'ont fait leurs descendants. N'a-t-il pas été plusieurs fois question, de notre temps, d'enfermer les maîtrises catholiques exclusivement dans le plain-chant et la musique liturgique ?
La danse eut moins de chance que la musique et l'exemple du roi David dansant devant l'arche ne suffit pas à la sauver ; elle était d'une adaptation moins commode que sa sœur au culte chrétien et elle demeurera proscrite de l'Église. C'est à peine si on peut
i.Pedag., II, 4, 48.