‹ TertullienChapitre 443 sur 561 · Confess., X, 33, 5i · texte numérisé non relu

Confess., X, 33, 5i

rapporter à Fancienne orchestrique cet ordre et cette harmonie qui doivent présider aux processions et aux diverses cérémonies catiioliques. La danse privée conservera également mauvaise réputation î elle fut toujours et est encore regardée comme dangereuse, à cause de son caractère profane et sensuel '.

En définitive, ce débat entre les chrétiens et l'art est intéressant, parce qu'il nous montre le christianisme aux prises avec une des habitudes les plus invétérées de la vie païenne ; une de celles qui la pénétraient au point d'en être inséparables. Foncièrement hostile à Part, la religion nouvelle dut pourtant le tolérer et bientôt l'adopter. Tertullien nous permet de saisir le point de vue des plus sévères d'entre les fidèles et rien n'est plus significatif que de voir sa mauvaise volonté notoire aboutir à une demi-tolérance, au moins dans l'Eglise. Il admet l'art, non pas certes, en tant qu'il embellit la vie périssable d'ici-bas, mais en tant qu'il peut servir à rehausser l'hommage que les chrétiens rendent à Dieu. Il ne s'agit donc plus de l'art pour l'art, de celui qui égaie et anime le monde, car l'âme de Tertullien est fermée aux séductions du siècle, elle est comme celle du moine austère qui, passant sa vie dans une cellule nue, veut que la chapelle de son couvent soit ornée, et qui donne au culte qu'il célèbre toute la pompe possible, parce que rien n'est trop beau pour Dieu. Si donc la porte de l'Eglise demeure entr'ouverte à l'art \ et si le christianisme doit, un jour, lui rendre un éclat merveilleux, les païens ne sont encore sensibles qu'aux négations énergiques qui condamnent tout ce qu'ils en aiment : plaisir de l'esprit et des sens, joie de la vie.

1. Arnobe, Adv. nat., II, 42, consacre à cette question quelques phrases d'un naturalisme assez pittoresque. Voy. l'interdiction formelle dans Coiic. Laod., can. LU, ap. Mansi, il, p. Syi.

2. Je dis entr'ouverte, car, si les gnostiques et diverses sectes hérétiques lui firent sans doute bon accueil dès l'abord (Renan, Égl. clirct., p. i55 et s. ; M. Aur., pp. 145, 540-41, 544-45), l'Église orthodoxe, surtout l'orientale, garda de grandes défiances, en raison même de ce succès de l'art chez les hérétiques, qui s'ajoutait à sa nature foncièrement païenne : Renan, M/. Aur., p. 545. — Sur le développement de cet art chrétien, en quelque sorte officiel, voy. Bayet, Recherches pour servir à l'histoire de la peinture et de la sculpture chrétienne en Orient avant la querelle des iconoclastes. Paris, iHyq, et sur la persistance de l'art païen après le triomphe : AUard, L'Art païen sous les Empereurs chrétiens, Paris, 1877.

I. Comment se pose le problème de l'éducation à la tin du n* siècle. — II. L'éducation physique ; idées païennes; opinions de TertuUien; traditions chrétiennes postérieures. — III. L'éducation intellectuelle ' ; comment elle est organisée dans l'Empire; comment se forme l'opinion chrétienne sur elle; celle de TertuUien. — IV. Divergences qui demeurent sur la question parmi les chrétiens.

I, — Quelque opinion qu'eussent les chrétiens sur la nécessité de procréer des enfants, force leur était de les élever quand il leur en venait, et le problème de l'éducation se posait inévitablement devant eux. Nous avons vu à quel point ils avaient le sentiment de la responsabilité du père de famille devant Dieu. Ils estimaient que, pour en diminuer le poids, il leur fallait, avant tout, donner à leurs enfants une exacte connaissance des vérités chrétiennes et les habituer à une constante pratique du culte véritable, en môme temps qu'à une convenable soumission à Tégard de leurs parents ^

Ils ne pouvaient soutenir qu'il fallait abandonner l'enfant à luimême ; la nécessité de l'instruction chrétienne est déjà une éducation et ceux des écrivains chrétiens, qui se préoccupent plus particulièrement de donner des conseils pratiques à leurs frères, ne manquent pas d'insister sur la nécessité de faire suivre aux enfants une éducation (naios-a) sévère, c'est-à-dire de les élever avec fermeté. Ils développent tous plus ou moins l'adage connu : ^< Qui aime bien châtie bien » ^ et ils montrent que les dispositions naturelles les meilleures ont besoin d'être perfectionnées par une culture

1. Une grande partie du premier volume de La fin du paganisme, de M. Bois sier, est consacrée à l'étude de l'instruction païenne et de son intiuence sur les chrétiens ; j'y renvoie, afin d'alléger ce chapitre de redites inutiles.

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