Const. Apost., IV, II
3. Partie, Clém. Alex., Pedag., 1, g, jS et s.; Const. Apost., IV, n.
méthodique '. C'était là un principe- si couramment admis "' et qui tombait si bien sous le sens commun que toute négation, que toute discussion même, en semblait impossible. Mais son application soulevait en réalité des difficultés sans fin.
En effet, le principe mis à part, il demeurait à résoudre plusieurs autres questions dont la solution n'était pas et n'est pas encore enfermée dans le catéchisme. Convenait-il de laisser le corps et l'intelligence de l'enfant grandir et se développer au gré de la nature, ou bien était-il nécessaire de les aider, l'un et l'autre, par des exercices appropriés ? C'est-à-dire fallait-il soumettre le corps à un entraînement physique et l'intelligence à la discipline de l'instruction?
II. — Les anciens prenaient un grand soin de l'éducation physique et, s'il est vraisemblable que l'antique rigueur de sa méthode s'était fort relâchée au in^ siècle, sa nécessité demeurait reconnue parmi les hommes aisés ■' . Les exercices physiques avaient leurs détracteurs, comme leurs partisans exagérés *, mais ils restaient couramment en honneur et on estimait qu'ils contribuaient à rendre l'homme actif et vigoureux. Tertullien est, à ma connaissance, le premier écrivain chrétien qui aborde franchement la question. Ces exercices de la palestre sont, à ses yeux, une invention des Grecs que les Romains auraient bien dû leur laisser, eux qui sont si fiers de leur (( romanité ». Ne pratiquaient-ils pas jadis un exercice meilleur : le rude labeur des champs ? Tout lui paraît blâmable dans cette éducation physique : les exercices, les frictions qui assouplissent les membres, le massage, l'alimentation spéciale de l'entraînement ■'. Son indignation, qui surprend un peu au premier abord, s'explique par deux raisons : en premier lieu, il trouve immoral de se montrer dans la nudité du gymnase; en second lieu,
1. Clém. A.\ex., Pedag., I, G. 34, qui développe ce thème : il faut apprendre pour savoir quelque chose.
2. Voyez dans Lucien, Le Songe, 12, ce qu'une bonne Tiaiôsta peut procurer d'avantages à celui qui l'a suivie avec profit.
3. Il est entendu que les exercices d'école de la gymnastique grecque n'avaient que très difficilement pénétré dans l'éducation romaine, qui préférait l'assouplissement foncièrement militaire pratiqué au champ de Mars; mais, outre que les répugnances premières avaient disparu à l'époque où nous nous plaçons, nous entendons ici, par éducation physique, tout entraînement méthodique du corps, en vue d'une plus grande vigueur, d'une plus grande souplesse, ou d'un meilleur maintien. Voy. Dict. des Ant., art. Educatio de M. Pottier, p. 487.
4. Voy. le dialogue de Lucien intitulé : Anacharsis ou les Gymnastes, médiocre exercice d'école, d'ailleurs, mais qui donne une idée des arguments pour et contre le gymnase.
5. De pallio, 3 : quid nunc, si est Romanitas omni salus, née honestis tamcn adinodum Graeci estis? — De spect., 18.
il considère que développer artificiellement le corps, c'est défaire l'œuvre de Dieu ', au même titre, par exemple, que se teindre les cheveux \ Aussi, plus de palestre : le diable y fait trop ses affaires''. Le chrétien est un homme paisible et doux, qui n'aura jamais à se battre contre personne ; il n'est donc point besoin qu'il soit si vigoureux. Il y a de la pudibonderie et de l'exagération dans cette interdiction et il ne faut pas aller plus loin que Clément d'Alexandrie pour trouver, sur le même sujet, des idées sensiblement différentes. Lui, ne cherche pas malice en l'affaire, mais il est Grec; il convient que les exercices du gymnase sont excellents pour les Jeunes gens et même pour les hommes faits, à la condition qu'on en use avec modération et qu'ils ne détournent pas des choses meilleures (tcôv •/.ps'.x-covwv Ipyiov). Il n'est point, d'ailleurs, partisan des complications et estime que, pour beaucoup d'hommes, ce serait assez de se promener, ou de tirer de l'eau d'un puits, de fendre du bois, ou de lire à haute voix. Il faut surtout approprier les exercices aux nécessités du tempérament de chacun. Surtout pas d'excès en rien et pas de vanité, c'est la recommandation suprême de Clément, qui touche là du doigt les deux gros inconvénients d'une éducation physique trop poussée ''.
Cependant, pour une fois, ce ne fut pas la modération qui eut tout à fait raison, et le christianisme porta un rude coup à l'éducation physique des anciens. D'abord en orientant les esprits de ses fidèles vers les préoccupations religieuses et morales, qui devaient absorber tout le temps qui n'était pas employé au travail journalier; ensuite, en créant le type de l'homme pieux, vivant autant que possible hors de son corps, de l'ascète amaigri par le Jeûne et toutes les contraintes physiques.
III. — En réalité, l'éducation physique n'est pas indispensable et il ne peut y avoir discussion que sur son utilité, car la nature, à ce point de vue, pourvoit au nécessaire. Pour l'éducation intellectuelle, pour l'instruction, c'est autre chose. D'abord, il n'est point nécessaire d'être instruit pour vivre et beaucoup d'hommes vivent aujourd'hui même, qui n'ont Jamais su que ce que l'expérience de chaque Jour leur a appris. En dehors de cette instruction natU' relie, dont chacun profite en proportion de ses facultés d'observation, les chrétiens recevaient l'instruction chrétienne ; or, Tertullien lui-même ne manquait pas de proclamer que l'Écriture con-