Athénagore. Leg
LE PRINCIPE DU POUVOIR IMPÉRIAL ET l'eMPEREUR Sy
ne fasse pas administrer sa monarchie par qui bon lui semble... et s'il a un fils, la monarchie n'est point du même coup divisée; elle ne cesse point d'être monarchie s'il élève ce fils à la corégence; au contraire, elle est toujours à lui et elle demeure monarchie, étant contenue en deux personnes, qui n'en font si bien qu'une '. » Il faut tenir compte des conditions particulières dans lesquelles ces phrases ont été écrites; elles font partie d'une démonstration qui n'a rien de commun avec l'Empire; c'est pourquoi on ne pourrait affirmer que leur auteur les rapporterait à la monarchie impériale, le cas échéant ; à y regarder de près, cela est cependant vraisemblable. On peut remarquer, en effet, qu'ayant défini la monarchie, Tertullien envisage l'éventualité de la corégence; sans doute, il y trouve pour sa thèse, qui est l'unité de la divinité dans la diversité des personnes divines, un argument topique; mais comme les Antonins, par exemple, et les Sévères, avaient fréquemment eu recours à cette pratique, il est peu probable qu'il n'ait pas du tout songé au principat et qu'il ait simplement posé, en dehors des faits, une hypothèse rationnelle. Si nous admettons qu'il y a dans ce texte comme une référencée l'Empire, nous y entrevoyons que Tertullien a bien compris que cet Empire était une monarchie — ce n'était pas difficile à voir sous Caracalla ', — et qu'il la conçoit comme une monarchie absolue. J'en verrais l'indice dans cette proposition : « la monarchie n'exclut pas pour le monarque le droit de faire administrer sa monarchie par qui il l'entend '; » et dans la définition même de la monarchie, le français rendant imparfaitement le sens des deux mots singulare (relatif à un seul) et uniciim (unique en son espèce). Enfin, Je vois l'indice d'un désir d'hérédité dans l'idée : « la monarchie n'interdit point au monarque d'avoir un fils », et dans cette approbation de la corégence, qui n'est, en définitive, qu'une hérédité déguisée, un envoi en possession prématuré. Je n'oserais cependant conclure que nous touchons ici au fond de la pensée de Tertullien, si sa doctrine de la délégation à l'Empereur de la puissance divine, jointe à l'idée juive du choix par Jahvé
1. Adv. Prax., 3 : At ego, si quid utriusque linguae praecerpsi, monarchiam, nihil aliud significare scio quam singulare et unicum imperium; non tamen praescribere monarchiam, ideo quia unius sit, eum cuius sit aut filium non habere, aut ipsum se sibi filium fecisse, aut monarchiam suam non per quos velit administrare... Si vero et filius fuefTPëf cuius monarchia sft, non statim dividi èam et monarchiam esse desinere, si particeps eius adsumatur et filius, sed proinde illius esse principaliter a quo communicatur in filium, et dum illius est, proinde monarchiam esse quae a duobus tam unicis continetur.
2. D'après Nœldechen, Die Abfassungs Zeit der Schriften Tertullians {Text. II. Unters., 1888), pp. 141, 145, 147, VAdv. Prax. serait de 217, Tannée mcme de la mort de Caracalla.