Justin, Dial. C. Tryph., i3o
pour un autre et chacun meurt pour son compte '. Mais à part cette tendance qui doit, selon Tertullien, restreindre le choix de ses occupations ordinaires, le chrétien vit comme tout le monde \ Il doit aussi s'efforcer de plaire à tout le monde, conformément aux principes de S. Paul, en pratiquant avec exactitude les vertus agréables : la modestie, la patience, la gravité, l'humanité, Tintégrité. Les chrétiens ne doivent se distinguer des gentils que par la discipline (disciplina '). Par discipline, il faut entendre non seulement l'éducation de la foi, mais encore la discipline morale, la vertu, qui doit toujours caractériser le chrétien. Il lui faut conserver, dans ses rapports avec le monde, la double qualité d'exception qu'il reçoit de cette discipline : sa pureté morale et sa dignité religieuse ; il lui faut éviter le mal et l'idolâtrie. S'il n'évite pas le mal, armé qu'il est de la crainte et de l'espérance, il cesse d'être chrétien \ Quant à l'idolâtrie, qui est le principal crime du genre humain et la plus forte accusation qui s'élève contre le siècle \ rien n'est plus facile que de s'en garantir, à la condition de garder toujours présente à l'esprit la peur qu'on en doit avoir ^ Le De idolatria est destiné à lever les doutes et à éclairer les cas de conscience difficiles.
„ Il demeure préalablement entendu que le chrétien doit se montrer, vis-à-vis des païens, très réservé sur tout ce qui touche à sa religion. Cette réserve ne s'inspire d'aucun esprit de tolérance ni d'aucun désir de conciliation; il ne s'agit pas, en effet, de ne pas choquer les idées d'autrui, mais seulement de ne pas imiter les habitudes de conversation des hérétiques qui n'ont aux lèvres que propos futiles, terrestres et humains, sans gravité, sans autorité et sans discipline, semblables à leur foi. S'ils se trouvent en compagnie de gentils, ils jettent les choses saintes aux chiens et étalent devant les porcs leurs perles, d'ailleurs fausses ; ils mettent dans leur éducation religieuse et dans les divers exercices de leur culte une inconcevable incurie et une invraisemblable légèreté.
Le vrai chrétien ne doit point provoquer les plaisanteries inconvenantes des païens, ni soulever de discussions qui pourraient tourner au scandale '. Il ne s'en suit pas qu'il doive cacher sa qua-
■ 1. De pallio, 5, établit ces idées en termes assez pittoresques.