‹ TertullienChapitre 469 sur 561 · De praescr. haer · texte numérisé non relu

De praescr. haer

lité; au contraire, dès qu'il part en voyage ou simplement qu'il se met à marcher, qu'il entre ou qu'il sort, qu'il va s'habiller ou se chausser, qu'il entre dans le bain, qu'il se met à table, qu'il allume un flambeau, qu'il monte au lit ou qu'il s'assied, en un mot, quelque action qu'il commence, il doit marquer son front du signe de la croix ', même en présence d'un païen ^.

De même doit-il protester quand on lui adresse un serment, une malédiction, ou une bénédiction au nom des dieux des nations ; car il lui faut se tenir en garde contre les ruses de Satan, lequel, souvent, nous fait pénétrer l'idolâtrie Jusqu'au cœur par les oreilles. Ainsi, une fois, un païen dit à un chrétien: Que Jupiter te perde! Et l'autre de répondre : Qu'il te perde toi-même! N'était-ce pas reconnaître à Jupiter la qualité de Dieu ^? Un fidèle, en pareille circonstance, n'a qu'à rire et à éviter de dire une sottise \ S'il fait l'aumône, qu'il ait bien soin de préciser qu'il l'a fait au nom de Dieu et qu'il ne laisse point rendre grâce pour elle aux démons \

Voilà donc la première règle; il ne faut pas qu'un chrétien use sans précautions du trésor qu'il porte en lui, et il ne faut pas non plus qu'il cache qu'il le possède. Voyons donc en quoi un chrétien doit se différencier d'un autre homme dans la vie courante, et affirmer qu'il est chrétien, autrement que par des signes qui peuvent passer inaperçus et des paroles qu'on peut ne pas vouloir entendre. Il garde, c'est entendu, un maintien sérieux, également éloigné de la tristesse renfrognée du pessimiste et de la gaîté dévergondée des hommes légers : il a au cœur un grand souci : celui de son salut et une grande espérance, celle delà vie éternelle; il sait reconnaître Dieu dans ses œuvres; toutes choses qui lui sont à la fois une préoccupation, une consolation et une joie.

Mais a-t-il un costume spécial ? Quelque chose dans ses vêtements peut-il le faire reconnaître au premier coup d'œil ? Rien ne nous permet de le croire. Saint Justin portait le manteau philosophique, mais cela prouve simplement qu'ayant commencé par être philosophe, il en gardait le manteau, comme le fit plus tard un des maîtres d'Origène ^ Le De pallio que Tcrtullien écrivit pour

1. De cor., 3 : ad omnem progrcssum atque promotum, ad omnem aditum et exitum, ad vestitum et calciatum, ad lavacra, ad mensas, ad lumina, ad cubilia, ad sedilia, quacumque nos conversatio exercet, frontem signaculo terimus. Idées analogues dans Ad uxor., II, 5.

2. Le texte du Ad uxor., II, 5, se rapporte à une chrétienne mariée à un païen et qui pourrait être entravée par lui dans ses exercices nécessaires de piété.

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