Pedag., 111, 3, i
LA VIE COURANTE BoQ
vient que les hommes conservent à leurs cheveux et à leur barbe leur allure naturelle : il faut simplement éviter d'en être gêné et, pour cela, couper avec des ciseaux les poils qui incommodent. Se raser entièrement est honteux (aîaypôv yào tô 0£x,ua) ; mieux vaut toutefois porter les cheveux courts que longs, parce qu'ainsi on habitue la tête à supporter plus aisément les variations de température '. Quant aux femmes, elles doivent conserver leurs cheveux longs, mais aussi les peigner avec simplicité; qu'elles évitent ces coiffures compliquées et fragiles qui les font ressembler à des courtisanes et qui les empêchent de dormir tranquilles, tant elles craignent de démolir leur laborieux édifice durant le sommeil. Un maintien sévère prédispose au bien : il oblige qui l'adopte '\
A plus forte raison ne faut-il point user de faux cheveux; c'est une impiété que de mettre sur sa tête des cheveux morts. Quand il arrive que le prêtre bénisse une tête ainsi atiffée, sur quoi tombe sa bénédiction? Sur la tête qu'il croit bénir? Non, assurément, mais sur les faux cheveux, c'est-à-dire sur la tête qui les portait; c'est une duperie contre l'homme et contre le Christ \
Sur tout cela, l'usage a eu beaucoup plus de force que les docteurs, car c'est la tradition qui l'a emporté sur le texte et souvent contre lui ^; or c'est l'usage qui a fait la tradition. Aujourd'hui, la plus grande partie du clergé d'Occident se rase et doit se raser la barbe : beaucoup d'ordres de femmes coupent les cheveux des récipendiaires et font de cette cérémonie un véritable acte de renoncement au monde; les artifices de la toilette sont, au moins, largement tolérés par l'Église '" et c'est à peine si elle maintient l'obli-
1. Pedag., III, 1 1, 60 et suiv. ; Hieron., Comment, in E:{echiel, XIII, ch. xliv, vers, 17 et suiv., recommande de n'exagérer dans aucun sens, de ne pas se raser la tète comme les prêtres d'Isis ou de Sërapis et de ne pas riirsiim comam demettere, ce qui est le fait des luxurieux, des barbares, ou des soldats {militantiiim) et non celui des prêtres du vrai Dieu.
2. Pedag., III, 1 1, 62 ; le XVII« canon du Concile de Gangres prononce Tanathème contre toute femme qui, par pseudo exercice de piété, couperait la chevelure que Dieu lui a donnée.
3. Pedag., III, 11, 63. — Les chrétiens désapprouvent également l'cpilation, en grand honneur dans la société romaine, surtout chez les femmes; Cléin. Alex., Pedag., III, 3, 18, s'élève surtout contre Tépilation des parties secrètes, qu'il juge honteuse pour un homme et qui est le dernier degré de l'impudicité pour une femme : c'est défaire l'œuvre de Dieu.
4. Voy. le tableau que fait Saint Cyprien de la vie dans l'Église en temps de paix : Z)e lapsis, 5 et 6 : non in sacerdotibus religio devota; non in ministeriis fides intégra, non in operibus misericordia, non in moribus disciplina... Corrupta barba in viris, in feminis forma fucata; adultérât! posl Dei manus oculi, capilli mendacio colorati. ad decipienda corda simplicum callidae fraudes... On devine déjà quelque chose d'analogue à travers Clém. Alex., Pet/(3^., III, 11,80.
5. Il y a longtemps que cette tendance naturelle de l'Église lui a été reprochée en bloc ou en détail; dès le milieu du lu" siècle, Commodien se plaignait de
gatioii d'une simplicité très relative de toilette pour les fidèles directement mêlés à une cérémonie religieuse. La coutume veut, par exemple, qu'une femme qui se marie ne porte pas de bijoux en s'agenouillant devant l'autel ; les premières communiantes n'en doivent pas porter non plus pour s'approcher de la table sainte; c'est à peu près tout ce qui reste des antiques restrictions. Le luxe a envahi l'Église elle-même, ses prêtres et ses sanctuaires, pour la plus grande gloire de Dieu et ce ne serait point à la simplicité et à la sobriété de son costume qu'on reconnaîtrait un évêque officiant, non plus même que, dans le monde, un chrétien pratiquant. La mode et ses futilités peuvent lui sembler méprisables, mais il les suit dans une certaine mesure, appliquant en cela, et dans un sens inattendu, le précepte de Saint Jérôme: « Ne vous faites pas remarquer » '. Les ânies éprises de vie plus parfaite ont à leur disposition le couvent et le cloître, mais je ne pense pas que beaucoup y aient été conduites par le désir de fuir les ornements de la fragile beauté séculière, et en tous cas, si la simplicité absolue gagne à la sévérité du costume des religieux, la simplicité relative et la véritable humilité y perdent peut-être, car le costume distingue immédiatement celui qui le porte du commun des hommes; il est comme une étiquette officielle mise sur des renoncements et des vertus. Au moins, une semblable singularisation est-elle conforme à l'esprit des plus logiques d'entre les premiers chrétiens, qui firent effort pour arracher leurs frères aux séductions extérieures du siècle, si dangereuses dans leur vanité. Un vrai fidèle, et qui aurait rigoureusement observé leurs prescriptions, aurait dû, en effet, se vêtir d'un costume spécial, dont la simplicité voulue l'aurait fait reconnaître dès son premier pas dans la rue.
Il doit s'y avancer avec dignité et convenance ^, ne marcher ni trop vite, ni trop lentement, ne pas aller tournant sans cesse la tête pour voir si on le regarde, comme s'il était en scène et qu'on le montrât du doigt '. S'il s'arrête, qu'il se garde de changer trop souvent de position, car c'est une marque de légèreté d'esprit et de caractère ''. 11 convient, en effet, qu'il conserve, dans le cours de sa vie entière, la gravité et l'honnêteté qu'il garde dans l'église ■', et
l'extrême facilité de certains prêtres qui cherchaient à rendre tout aisé aux fidèles : le poète les accuse même de se taire payer leur indulgence : lustruc, il, i6; voy. également Boissicr, Fin du pagan., I, p. 23o.