‹ TertullienChapitre 482 sur 561 · Pedag., III · texte numérisé non relu

Pedag., III

qu'il ne verse pas dans les travers ridicules des élégants du jour '. Il va devant lui simplement ; s'il passe devant un temple il ne doit point maudire le dieu qui s'y trouve, car il écrit ; « Tu ne maudiras pas les dieux ' » et encore : « Bénisses, et ne maudissez pas '. » Il faut être insensé pour croire qu'on peut changer par des insultes l'opinion que le vulgaire peut avoir des dieux \ Le chrétien passe donc, mais il se garde d'envoyer vers le temple le baiser que le païen lance du seuil. Il est probable, d'ailleurs, que, dans la pratique, cette abstention toute négative ne suffisait pas à tous les chrétiens et qu'ils ne se persuadaient pas tous, comme Origène, que l'insulte est indigne d'une àme pure \ Le fidèle n'a pas à s'inquiéter de mille incidents qui impressionnent le païen dans la rue. Si, par exemple, il se promène avec quelqu'un, il n'a pas à prendre souci d'une pierre, d'un enfant, ou d'un chien qui peuvent se trouver entre son compagnon et lui. Il n'a nullement besoin, pour détourner le sort, de heurter la pierre du pied, de donner un coup à l'enfant ou au chien; c'est toujours ridicule et ce peut être dangereux si, par exemple, le chien se fâche '^. Il ne s'arrête point au milieu du bruit et de l'agitation des places publiques; il les fuit, au contraire ', comme il fuit les conversations oiseuses et le bavardage **, surtout s'il est indécent '•'.

Il me semble que Pontius, en traçant le portrait de S. Cyprien, reproduit assez bien celui du vrai chrétien modéré et d'esprit élevé '° : « Son visage était grave et joyeux, sans triste sévérité, sans affabilité (comitas) exagérée ; mais à égale distance de l'une et de l'autre, si bien qu'en le voyant, on hésitait si on devait le révérer ou l'aimer. Sa tenue {cultus) ne démentait pas son visage; elle était aussi toute de juste milieu ; la superbe du siècle ne l'enflait pas et il n'affectait point une simplicité exagérée, parce que le genre de vêtements qui s'inspire d'elle n'est pas plus éloigné que l'autre de la jactance et de l'ostentation. »

Le nom que portait le chrétien le distinguait-il au premier abord ? C'est une grosse question qui, à mon sens, ne comporte

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