‹ TertullienChapitre 498 sur 561 · Cous t. Apost., I · texte numérisé non relu

Cous t. Apost., I

moniales n'aillent jamais aux thermes moins de trois ensemble : celle qui aura besoin d'y aller n'aura pas le droit de choisir ses compagnes, mais elle ira avec celles qui lui seront désignées '. Il reste, dès lors, assez peu à faire pour que le bain soit proscrit, la propreté interdite et la malpropreté considérée comme un moyen d'humilier le corps et de le réduire en servitude \ Cette tendance a été de bonne heure caractéristique du christianisme exagéré, et, sans doute, une de celles qui révélait le plus aisément le fidèle sectaire aux yeux des païens ^ ; mais elle a fini par devenir commune à tous les chrétiens et c'est avec une extrême lenteur que, brisant les entraves d'une pudeur exagérée ou d'une tradition sans fondement sérieux, les modernes retrouvent peu à peu les habitudes de propreté corporelle des anciens. Sur ce point, ce n'est pas l'usage antique qui a d'abord prévalu; c'est la tendance ecclésiastique faite de morale et de pudibonderie, et favorisée sans doute, à partir du ve siècle, par l'indifférence grossière des barbares. 11 se pouvait donc que, dès l'époque de Tertullien, maint chrétien se distinguât du commun des hommes par un soin moindre de sa personne, et par l'éloignement qu'il marquait pour les établissements de bains publics, au moins par la précaution qu'il prenait de ne pas les fréquenter en même temps que tout le monde et aussi souvent que tout le monde.

Ce qui, en définitive, peut être surtout caractéristique du chrétien hors de chez lui, c'est la fréquence du signe de la croix, qu'il fait, si on en croit Tertullien \ dans les diverses circonstances remarquables de la vie ordinaire. Les Pères insistaient d'ailleurs sur la nécessité de cette démonstration comme sur sa puissance \

i. Ep., III, 2 11, i3 : Lavacrum etiam corporum, ususque balnearum non sit assiduus, sed eo quo solet intervallo temporis tribuatur, hoc est semel in mense; etc.

2. Voy. par exemple Hieron., Vita Hilarionis, 3 : saccum quo semel fuerat indutus nunquam lavans; Ep., CXXV, 7, ad Rtisticiim .-Sordidac vestes candidae mentis indicia sunt. — Ephrem, Defensor scintillae, XLII : Lavare faciem, manus ac pedes impensius serves nos indicat esse vitiorum.

3. De jejiinio, i ; Eunapc, Vita Edesii : T'jpavv.ni.v yàp tl/s-, è;ov5tav tôts -i; à'vOpwTTOî jxéXaivïv çopûv èi^r,'zx xal Sr.aoïia po'j>>ô|JLevoî àpxT,]jLvôetv. Rutilius, Itiii., I, 523, en parlant d'un religieux. Infelix putat illuvie caclestia pasci. Le Blant, Inscr. chrét., I, préface, p. xcvii et n., pencherait à voir dans cette négligence volontaire de soi l'origine du nom chrétien de Foedulus, qui se rencontre aux premiers âges de TtgUse {Inscr. clirét., II, p. 62, n» 412).

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