INTRODUCTION
d'école caractéristique de l'éducation intellectuelle de son j temps '. Il vint au christianisme probablement assez tard, mais nous ignorons quand et comment; il est seulement permis de supposer que son âme ardente, en proie, comme celle de tant de ses contemporains, à l'angoisse de l'inconnu, cherchant en vain l'apaisement de ses désirs dans les doctrines des philosophes, fuyant d'instinct la raison impuissante à calmer sa fièvre de mj^sticisme et de foi, accepta sans peine les croyances chrétiennes dès qu'elle les rencontra. L'occasion de cette rencontre nous échappe, mais on peut s'en consoler, car c'est le résultat qu'elle eut qui est intéressant. Elle mit au service du christianisme un des avocats les plus éloquents qu'il ait jamais eus. Il est encore vraisemblable que TertuUien ne passa pas sa vie entière en Afrique "; il fit un voyage en Grèce ^ et il séjourna assez longtemps à Rome '^ pour y avoir de sérieux démêlés avec le clergé de cette ville. Il était prêtre alors et il est probable que l'intempérance de ses idées fit peur à une église sage entre toutes. Peut-être l'irritation qu'il ressentit de ses déboires dans la Ville acheva-t-elle de le jeter dans le montanisme, vers lequel d'ailleurs sa nature l'inclinait. Mais il était incapable de s'enfermer strictement dans les limites d'une secte, autant que de demeurer dans celles de l'orthodoxie : c'est pourquoi il se singularisa dans le montanisme même et devint hérésiarque à son tour. La petite église qu'il fonda ne dut point sortir d'Afrique, mais elle y subsistait encore à l'époque de saint Augustin, qui en fit rentrer les derniers fidèles dans le giron de la catholicité ^. TertuUien, au dire de saint Jérôme, mourut dans un âge très
avancé ^.
qui porte son nom ; cette hypothèse n'est guère soutenable, non plus que celle de Pamelius, qui fait de lui un avocat, ou celle du P. George, qui fait de lui un soldat, sous prétexte que son père était centurion. Sur ces discussions, voy. Tillemont, Mém., III, p. 198.
1. Comme exemple de l'influence de la rhétorique d'école sur lui, je renvoie simplement au De baptismo, 3 : éloge de l'eau, et à Adv. Marc, I, i : description de la sauvage nature du Pont Euxin.
2. Jung, Les rapports personnels de TertuUien avec les diverses provinces de l'Empire romain, ap. Wiener Studien, XIII, 1, 1871.