‹ TertullienChapitre 6 sur 561 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

Nous pouvons cependant tirer quelques conclusions de ces médiocres connaissances. Voilà un homme qui appartient à l'élite intellectuelle de son temps ; il connaît le paganisme, car il Ta pratiqué; la société païenne, il y a vécu; l'état d'esprit et d'àme de ses contemporains, il l'a partagé ; l'Église, il a été clerc ; les églises, il en a fréquenté plusieurs à une époque où elles différaient encore beaucoup ; il a particulièrement étudié les hérésies et il a ajouté une unité à leur liste; il est sorti de son pays, il a appris à ne pas confondre l'horizon de Carthage avec celui de l'univers. Quoique profondément africain de tempérament ", plus africain que tous les autres, sauf peut-être Commodien, il a subi d'autres influences que celles de l'Afrique, il a pu éprouver ses idées au contact d'autres idées. Enfin, sa longévité lui en a fourni un autre contrôle, celui du temps. A-t-il su profiter des circonstances au milieu desquelles il a vécu, ou s'est-il, au contraire, plus ou moins fermé à leur influence? C'est une question qu'il nous faut réserver, mais nous pouvons dès maintenant affirmer qu'il n'est guère d'œuvre qui promette plus que la sienne à l'historien.

Cette œuvre ne nous est malheureusement parvenue que mutilée. Il nous est resté d'elle trente et un traités de longueur variable; trois d'entre eux VAd Natioues, VAd Uxorem et le De Cidtu feminariim comportent deux livres; VAdpe?'siis Marcionem en compte cinq. Nous avons perdu au moins onze autres ouvrages en latin et quatre ou cinq en grec, sans compter plusieurs d'attribution douteuse; nous ne les connaissons que par quelques rares fragments ou seulement par leurs titres ^. La perte en est assurément fâcheuse, mais il est douteux que leur lecture nous apprît grand chose de nouveau. Nous les avons perdus parce qu'on a cessé de les copier; l'examen de leurs titres me paraît expliquer assez bien pourquoi. Ils semblent être, pour la plupart, les latins des ébau-

1. Sur les traits caractéristiques de ce tempérament africain, voy. Monceaux, Les Africains, I, pp. go s.

2. On trouvera dans Harnack, G. A. C. L., I, pp. 669 et s., toutes les références utiles; not., p. G71, une liste de citations de Tertullien par lui-même. — Je n'insiste pas sur la question de l'attribution à Tertullien de la Passio de sainte Félicité et sainte Perpétue, non plus que sur celle des Pliilospphumena ; le débat semble clos : ce sont là deux suppositions gratuites.

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