Voy. Le Etant, Inscr. chrét., Noiiv., rec, n° 174 et n
4. Sans parler des catacombes, qui nous fournissent, pour ainsi dire, une preuve de fait, les deux exemples de violation de sépultures chrétiennes par des païens en fureur, tels que nous les rapporte Tertullien, ApoL, 3"] et Ad Scaptil., 3, me paraissent établir : 1» que les païens savaient impressionner fortement les chrétiens en dévastant leurs cimetières; 2° que les fidèles attachaient au repos de la tombe une importance qui nous est d'ailleurs attestée par Tertullien luimême ; ApoL, 3'] : Ipsis Bacchanalium furiis nec mortuis parcunt christianis, quin illos de requie sepulturae, de asylo quidem mortis... avellant : De anima, 5i : cum in pace dormisset. Voy. d'ailleurs sur les soins de l'ensevelissement chrétien, sur les parfums employés dans ce cas : ApoL, Sy. 11 est probable qu'il
Ils changèrent les rites pour deux raisons essentielles : ils eurent la haine des cérémonies funèbres des païens, parce qu'elles étaient païennes et idolâtriques, et ils eurent la haine des lieux de sépultures païens, parce qu'ils demeurèrent, beaucoup plus qu'ils ne le croyaient, esclaves des superstitions courantes, qu'il leur arriva souvent de se laisser aller à croire à la persistance de la vie dans le tombeau et qu'ils répugnèrent à donner aux défunts endormis dans le Seigneur le dangereux voisinage des élus du démon '.
De toutes les pratiques païennes relatives aux sépultures, celles qu'ils repoussent toujours avec le plus d'énergie, c'est la crémation : d'abord et surtout parce qu'ils la jugent cruelle et irrespectueuse pour le mort % idée qui se fortifie de cette autre : les feux
ne fut pas nécessaire d'encourager les chrétiens à honorer leurs morts et qu'il fallut plutôt les mettre en garde contre l'exagération contraire; telle est l'impression que donne, par exemple, la pièce de Commodien. De pompa funeris, Instr. II, 33.
De funeris pompa soUicitus esse qui quaeris. Erras Dei servus, adhuc et in morte placere, Pro ! Exanimatum corpus ornari funestum. O vanitas vera cupere defunctis honorera! Mens mundo detenda nec in morte Christo devota, Proverbium nosti quae per forum etferri volebat 1 Addo illi similes etferata mente viventes.
Toute la pièce est de ce ton et il en peut ressortir diverses remarques : d'abord que, dès l'époque de Commodien, certains tidèles s'abandonnaient à un luxe tout païen dans les funérailles qu'ils faisaient à leurs proches; que ces funérailles pouvaient être tout à fait publiques, puisque l'auteur ajoute :
Faustum felicemque diem in exitu vultis haberc, Ut coeat populus, laudem cum luctu videre...
et que, dans ce cas, elles étaient aussi peu chrétiennes que possible; ensuite que Commodien, ennemi de tous les luxes et volontairement très peuple dans ses vers, parle comme pensait un chrétien du commun, aisément intolérant, étant peu à l'aise; mais il est impossible de conclure de ces remarques malveillantes que, pour être d'accord avec la loi chrétienne, les chrétiens devaient absolument négliger leurs morts. Au reste, le poète ne fait guère, dans ses pires violences, que mettre en vers des idées exprimées par Tertullien ; or celui-ci a eu occasion d'examiner ce texte de Luc (IX, 59-60) sur lequel se fonde ici Commodien et il conclut {Adv. Marc, IV, 23) que le prêtre seul doit être assez détaché de sa famille pour l'être aussi de ses morts. Pour le commun des fidèles, c'est de Vimpietas que d'abandonner le corps de ses parents défunts. Ce n'est donc pas, me semble-t-il, une pratique respectable, c'est un abus grave que condamne Commodien. Il est, d'ailleurs, probable que l'influence des idées juives et des pratiques païennes, se fit longtemps sentir sur cette question des funérailles ;c'est du moins ce qui me paraît ressortir des Const. Apost., VI, 3o, qui recommandent de se tenir en garde contre elles. Sur les doctrines de l'Eglise triomphante à ce sujet, voy. August., De cura pro mortuis gerenda.
1. Le Blant, Inscr. chrét., Nouv. rec, pp. 4 et suiv. Voyez les histoires, miraculeuses si on veut, naturelles si on admet la persistance d'une certaine vie d'outre mort, que nous raconte Tertullien, De anima, 5i. Lui penche pour le miracle ; mais il nous dit que l'autre opinion trouve crédit près de certains.
2. De anima, 5i : Alla est autem ratio pictatis istius, non rcliquiis animae
du bûcher leur semblent comme un symbole des feux de l'enfer. En second lieu, n'est-il pas entendu que l'homme est sorti du limon de la terre ? Il est donc naturel qu'il y retourne. Enfin, il convient d'ajouter que les chrétiens désirant, comme il était naturel, entourer d'un certain cérémonial religieux le départ de ce monde de chacun des frères, il devait leur être difficile de le faire cadrer avec la publicité presque nécessaire de la crémation : l'inhumation nocturne dans une catacombe était infiniment plus discrète, partant plus favorable à l'accomplissement de leur désir '.
De très bonne heure, et probablement dès la première heure du christianisme, les frères accompagnèrent le défunt à sa demeure dernière ^ ; ils entourèrent son inhumation de démonstrations honorifiques ^ et de cérémonies religieuses ", qui, peu à peu, se précisèrent et s'amplifièrent, au point de constituer un rituel spécial ". Il eut du mal à se défendre des pratiques païennes, qu'une habitude antique, et quasi invincible, rendait respectable auxyeux des simples et du commun peuple. D'aucunes s'y maintinrent même assez longtemps, sous une forme quelconque et n'en furent expulsés qu'avec peine et après avoir causé de gros scandales ^.
Le rituel des funérailles et les idées chrétiennes sur le respect des morts se fixèrent surtout sous l'influence du culte rendu aux martyrs. D'ordinaire, la justice romaine restituait à qui le réclamait le cadavre du supplicié, mais il arrivait quelquefois, notamment quand il s'agissait du crime de lèse-majesté, que la privation de sépulture fut ordonnée comme aggravation de la peine de mort : les Actes des martyrs nous mentionnent assez fréquemment cette condamnation '. Les frères firent toujours de très grands efforts
adulatrix, sed crudelitatis ctiam coiporis noniine adversatrix quod et ipsum homo non utique mereatur, poenali exitu impendi. De resiir. carn., i8 : Vulgus.., ipsos defunctos... iisdem ignibus et promerens et offendens. O pietatem de crudelitate ludentem! Sacrificat an insultât cum crematis cremat?
1. D'après Macrobc, Satiirn., VII, 7, la crémation a disparu des usages courants au v" siècle.
2. Sur la présence de la foule des fidèles aux funérailles, voy. Commodien, histruc, 11,33; Hicron. , Epitaph. Paitlae, XXIX; Grég. Turon., Vita Patriim, XV, 4, etc.; Cod. Tliéod., I, IX, 17; Le Blant, Inscr. chrét., I, n° 483 et commentaire. Sur les prières pour Tàme du mort, voy. De anima, 10; sur les oblationes de commémoration : De cotona, 3.
3. Par exemple l'usage de l'encens « christianis sepeliendis » est attesté par Apol., 42.
4. De anima, 5i : Scio feminam quamdam .. .functam... cum in pace dormisset, et morante adhuc sepultura, intérim oratione presbyteri componeretur, ad primum habitum orationis, nianus a lateribus demotas in habitum supplicem conformasse...