‹ TertullienChapitre 52 sur 561 · Pline, Paneg., 2 : Nusquam ut Deo, etc. Voy. p. 29, n · texte numérisé non relu

Pline, Paneg., 2 : Nusquam ut Deo, etc. Voy. p. 29, n

6. Il est à peine nécessaire de faire remarquer que cette concession n'en est pas une, puisque c'est précisément dans le sens qui convient à Dieu que TElP^ pereur prétend être Dominus; si on donne au mot l'acception commune, il n'a plus rien du tout de caractéristique; c'est comme si on remplaçait Sire par Monsieur, pour parler à un monarque.

7. ApoL, 34 : Qui pater patriae est, quomodo Dominus est ? Sed et gratius est nomen pietatis quam pntestatis. Etiam familiae magis patres quam domini vocantur. Tertullien n'ignore pas, d'ailleurs, qu'Auguste a repoussé le titre de Dominus; ApoL, 34 : Augustus imperii formator, ne dominum quidem dici se volebat; et hoc enim dei est cognomcn.

LE PRINCIPE DU POUVOIR IMPÉRIAL ET l'eMPEREUR ^5

Si tout cela sonne un peu faux, c'est qu'il y a une trop grande contradiction entre les rapports réels du christianisme et de l'Empereur et ceux que rêve Tertullien. Je crois cependant que cette conception de la monarchie paternelle, si conforme à l'idéal chrétien, est bien selon le cœur de notre auteur, mais, en bonne logique, elle suppose, au préalable, que le prince est chrétien, ce qui n'est pas.

Si maintenant nous nous plaçons en face des faits vrais et si nous essayons de réduire au détail des obligations qu'elles comportent les protestations de soumission et de respect, que nous venons d'examiner dans leur généralité, nous voyons combien elles sont vagues.

Les chrétiens doivent donc aimer le prince, le révérer, l'honorer; ils ne voudraient pas qu'il lui arrivât malheur '; ils prient Dieu de lui éviter les soucis et les tracas dans la vie, de lui épargner les complots, les émeutes, les guerres et les défaites \ Encore est-ce autant pour eux que pour lui qu'ils demandent tout cela à Dieu, car il est écrit : « Priez pour les rois, les princes et les puissances de la terre, si vous voulez vivre en paix \ »

Essayons, en effet, de pénétrer plus avant dans la pensée de Tertullien, examinons les considérations diverses, les restrictions et les réticences dont il a entouré les textes que nous venons de citer; précisons les quelques aveux qu'il laisse échapper dans les ouvrages destinés aux seuls chrétiens, et la contradiction entre le véritable pouvoir impérial et celui que conçoit Tertullien s'accroît de tout ce que perd sa théorie loyaliste.

Sans doute l'autorité de l'Empereur est légitime, étant voulue de Dieu; l'Apôtre le dit : les honnêtes gens n'ont rien à redouter de sa puissance, qui n'inquiète que les méchants ''. Mais pourquoi

j. Ad Scap., 2.

2. ApoL, 3o. Ils demandent pour lui : domum tutam... senatum fidelem, etc. Il y a certes de l'ironie dans ces vœux, car les chrétiens demandent à Dieu pour le prince justement tout ce qui lui manque.

3. ApoL, 3i. Orate pro regibus et pro principibus et potestatibus, ut omnia tranquilla sint vobis.

4. Scorp., 14, qui n'est qu'un commentaire de Rom., XIII, 4. Il convient de rapprocher de ce texte une phrase de Méliton qui développe une idée analogue : l'Empereur juste ne peut rien vouloir d'injuste : Ai'xaio; yàp jSaffiXEÙî oùvc ocy.aoty.w; pouXeôjavxo t:w-oxs : Kat f,ij.sT; ifiétu:^ '^ipoixsv xoO xoto'jxou éavâxc/'j xà yépaç. (Méliton, ApoL, ap. Eus., H. E., IV, 26, 6.) Il' est bien entendu que Tertull'ien et Méliton laissent à part tout conflit religieux et que leur remarque ne porte que sur les questions de droit commun. Le contexte du Scorp., 14, comme celui de la phrase de iMéliton, ne laissent pas de doute à cet égard. C'est également ce qu'entend Athénagore, quand il dit que les chrétiens souhaitent la tranquillité dans l'Empire afin d'accomplir promptement ce qu'on leur ordonne. (Athen., Leg., ?>-j.) C'est en ce sens que Tertullien réclame le droit commun pour les chrétiens; ApoL, passim, not, 2 et Ad Scap., 4 : Potes et officio iuris-

laisse-t-il employer contre les chrétiens des procédés illégaux? Pourquoi permet-il qu'on torture les confesseurs après qu'ils ont avoué? Pourquoi n'abandonne-t-il pas ces barbares moyens d'intimidation aux tyrans qui en avaient jusqu'ici le privilège? Ce n'est pas à l'Empereur lui-même que TertuUien s'adresse dans le passage de V Apologétique où paraissent ces reproches ', mais les magistrats qui commettent de tels abus de pouvoir ne s'y laissent pas aller à l'insu de l'Empereur; si celui-ci ne les ordonne pas, il pourrait toujours les empêcher ; c'est pourquoi, sous les précautions apologétiques, c'est bien à l'Empereur que le reproche doit aller \ Il y a déjà quelque chose de très grave dans le seul fait de poser ces questions, parce qu'elles contiennent en germe un principe de distinction entre les empereurs; il en est parmi eux qui conserveront à leur pouvoir son caractère civilis, d'autres qui en feront une tyratinica dominatio.

Il y avait surtout une question sur laquelle TertuUien ne pouvait glisser, puisque c'était à propos d'elle que l'Empire et le christianisme étaient entrés en conflit. Il était bien d'afiirmer que le pouvoir impérial, venant de Dieu, était inviolable et sacré; mais les païens et le prince lui-même ne devaient pas être touchés de cette considération du Dieu des chrétiens; à leurs yeux, elle n'affaiblissait en aucune manière leur doctrine de la divinité de l'Empereur ^ C'était par le génie de l'Empereur qu'on jurait dans les circonstances solennelles et on avait fait, des formules usitées dans ce cas, une sorte de serment civique à l'usage des chrétiens. Or, la conscience chrétienne de TertuUien le forçait à nier, d'abord, qu'un pouvoir quelconque pût venir des Dieux; en second lieu, que l'Empereur fût Dieu; enfin, qu'il fût permis de jurer par le génie d'un homme, un géjiie étant un démon '. Cela revenait à nier le principe même sur lequel le pouvoir impérial prétendait se fonder, que de lui refuser obéissance sur ce point essentiel. TertuUien s'efforce bien de déguiser la difficulté, mais il ne parvient pas à la faire disparaître ; les arguments qu'il y emploie sont de telle nature qu'il est souvent difficile de dire si on se trouve en présence de sophismes ou de plaisanteries.

D'abord les Dieux n'existent pas, ou ce ne sont que des hommes

dictionis tuae fungi, et humanitatis meminisse vel quia et vos sub gladio estis. (Le glaive de Dieu.)

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