‹ TertullienChapitre 543 sur 561 · De morte persec · texte numérisé non relu

De morte persec

6. Didaché, XVI, i, déclare qu'il faut toujours veiller sur sa vie et tenir sa lampe allumée : où yip otôaxs x+iV ôipav Iv r, 6 xOpto; T,;j.(riv sp/Exai. Hermas, Pastor, Vis. III, 8, a Tair de croire que ce jour viendra seulement quand la tour divine, c'est-à-dire l'Église, sera complètement achevée; Hicron., £'f.,CXIX, 8 : Medio noctis, sccuris omnibus consummationem mundi esse venturam; August., Ep.,

désiraient ardemment la fin du monde, surtout durant le temps des persécutions, crurent souvent en voir les signes précurseurs; ce fut même une tendance de leur esprit que d'exagérer et de généraliser les maux qu'ils voyaient, les guerres, les mauvaises récoltes, les orages, pour les hausser jusqu'aux malheurs annoncés pour la fin du monde, par V Apocalypse et les écrits sibylliques '. Il s'en suivit un pessimisme chrétien^ en apparence très sombre et qui est très joliment marqué dans un petit écrit attribué à Lucien et postérieur à lui : le Philopatris. L'auteur imagine qu'il entre dans une assemblée de chrétiens ; ceux-ci viennent au devant de lui la joie sur le visage, en lui demandant s'il apporte quelques mauvaises nouvelles; et, comme il en apporte de bonnes, ils froncent le sourcil, secouent la tête et lui affirment qu'il se trompe, que, tout au contraire, les plus grandes calamités menacent la ville. Il avoue n'en point voir les signes précurseurs ; alors ils se mettent à lui prédire les troubles, les guerres et les défaites; la ruine de l'Empire, nous l'avons vu ", faisait, en effet, partie des signes qui devaient annoncer les derniers temps. Il s'indigne et il leur jette au visage un vigoureux couplet patriotique, en couvrant de railleries leurs contes de bonnes femmes, tristes inventions d'ignorants \ Il y a évidemment de l'exagération dans ce tableau, mais Timpression d'ensemble qu'il nous donne, est bien celle qu'un païen devait ressentir en lisant les ouvrages d'un Tertullien et même ceux des chrétiens beaucoup plus modérés que lui, ou plus résignés à voir durer le monde. Il est hors de doute que les fidèles, dans l'espérance où ils vivaient de voir enfin se lever la dernière aurore, étaient très enclins anx prédictions sinistres et aux exagérations malveillantes. Ils se

III, 198, 2, affirme que personne ne peut connaître le temps de la fin promise.

1. Les textes chrétiens qui affirment cette préoccupation devoir dans les maux du présent Tannonce des catastrophes finales sont trop nombreux pour que je songe à les énumérer ici; en dehors de ceux de Tertullien que j'ai déjà cités et que je ne répète pas, voy. particulièrement : Zî^r»(3èd'', 2; 4; 8; Cyprien, De catliol. eccles. unit., 16; Commodien, Carm. ApoL, vers 8o5 ets.; surtout August., Ep. III, 198, 5 : son correspondant Hes}'chius a cru voir les signes de l'approche du Seigneur dans les malheurs du temps et Augustin, reprenant la question (Ep. 111, 199), montre que ce temps n'a pas le privilège exclusif des grands maux et qu'il ne faut rien exagérer. Cependant, dans une lettre à ses ouailles (Ep. Il, 122 2), il les engage à prendre leurs précautions, à ne pas s'épouvanter des maux qu'ils voient, puisqu'ils ont été prédits et à agir comme s'il y fallait voir la véritable annonce de la fin : on ne regrette jamais d'avoir été prudent. Voy. Renan, Evang., pp. Syô et s. et ceque nous avons dit plus haut sur les maux du monde. Justin, / ApoL, 44, nous apprend que les chrétiens lisaient avidement les écrits sibyllins, ce que la loi interdisait sous peine de mort; Duruy, Hist. des Rom., V, p. 23 1 .

Page 1