Voy. Vltitroductio», p. vi
2. Saint Jérôme l'affirme à propos du De ecstasi, voy. Vlntrodiiction, p. vu.
3. De exhort. cast., 7 : Sed ubi très, Ecclesia est, licet laïci.
4. Préface de l'éd. M igné, I, col. 3i : Horribilis sane propositio, ex qua funestiora bene muita pro Ecclesia consequuntur.
5. De pudic, 2 1 : Ecclesia spiritus par spiritalem hominem, non ecclesia nume. rus episcoporum rDomini enim, non famuli est ius et arbitrium ; Dei ipsius non sacerdotis.
SyS CONCLUSION
eux-mêmes '.Au reste, TertuUien ne semble pas avoir eu de succès officiel dans l'Église au temps où il a écrit, on ne le cite pas; je ne veux pas dire qu'il ne soit pas lu; nous ne l'aurions pas conservé du tout s'il en avait été autrement ; je crois seulement qu'il n'est lu que pour son talent et qu'il est tenu pour suspect par les chefs de la foi. Nous nous exagérons probablement son influence et je suis porté à penser qu'elle ne s'est guère fait sentir de son vivant, et même longtemps après, en dehors de l'Afrique carthaginoise et peut-être de Rome ^ C'est seulement après le triomphe, que, ses doctrines étant définitivement écartées, la tradition étant fixée, on a pu considérer qu'il n'était plus dangereux de le remettre en bonne posture dans l'Église et d'oublier ses hérésies, pour ne se souvenir que de l'éloquence de sa foi \ Lui-même semblait s'être prêté d'avance à cet accord par la différence de ton qu'il avait observée
'dans ses ouvrages écrits poiit^ l'Église et ceux écrits da?is l'Église. Dans les premiers, il s'était pour ainsi dire imprégné des sentiments moyens ; parlant au nom de l'Église, il s'était efforcé de
, penser comme elle et de garder, au moins dans son langage, une modération convenable. Dans les seconds, au contraire, il s'était abandonné à toute son impétuosité naturelle, parce qu'il voulait s'efforcer de ramener ses frères à une tradition dont il les voyait déjà bien éloignés. Cette contradiction qu'il porte en lui et qui permettait de mettre au premier plan de son œuvre V Apologétique et VAd Scapulam pour rejeter le De pudicitia au dernier, ne prouvait-elle pas aussi que, dès l'heure où il écrivait, il était loin de l'Église — loin non pas en avant, mais en arrière ?
Pourquoi a-t-il marcbé dans cette voie plutôt que dans l'autre? Pourquoi, lui, qui connaissait et vénérait les instructions de S. Paul, en a-t-il été plus gêné qu'aidé? Pourquoi ne les a-t-il pas simplement suivies? Sans doute à cause de l'affinité qui existait entre son caractère et les solutions extrêmes; mais aussi en conséquence d'une idée qui occupe, pourrais-je dire, le centre de son
1. Tertullien lui-même pourrait être un bon exemple de cette indécision que garde parfois le passage d'un orthodoxe à l'hérésie.
2. Son influence ne parait, en elTet, certaine que sur Saint Cyprien, Commodien, Lactance, Novaticn, deux évoques d'Afrique, un rhéteur africain et un prêtre de Rome; encore Saint Cyprien ne lui ressemble-t-il guère par l'esprit et par la doctrine : c'est sur son exemple que je me fonderais pour affirmer qu'on l'a lu surtout pour son talent. Les Tertullianistes paraissent n'avoir vécu qu'en Afrique.
3. Ce sont surtout les contemporains du triomphe ou les grands docteurs des lye et v° siècles qui le citent : Lactance, Eusèhe, Optât de Milèvc, S. Augustin, S. Ambroise, S. Jérôme, S. Hilaire, voyez Harnack., G. A. ('. /.., 1, p. 679 et s. Clément d'Alexandrie etOrigène, ses contemporains, ne semblent pas le connaître.
esprit, qui est comme la cheville ouvrière de sa logique, à laquelle se ramènent tous ses raisonnements, avec une telle régularité, qu'il en semble avoir un système, une conception complète et équilibrée de la vie, du siècle et de la mort. Cette idée, c'est celle de nmminence de la fin du monde. C'est par elle qu'il croit si pressante, SI immédiate, si nécessairement unique la préoccupation du salut; par elle qu'il retranche de la vie tout ce qui est humain, tout ce qui attache l'être à la terre et le détourne du ciel un instant ; par elle qu'il proscrit la vie publique, les occupations ordinaires du citoyen, ses préoccupations aussi, son attachement à sa patrie; par elle, qu'ayant brisé la cité, il brise la famille, déteste le mariage, écarte, avec les enfants, les affections trop vives et trop absorbantes; par elle qu'il se détourne des souffrances d'ici-bas et ne prend souci d'améliorer le sort de ceux qui les endurent que pour assurer le salut de ceux qui les soulagent; par elle qu'il bannit l'art, méprise la beauté, fuit l'allégresse et la joie de vivre ; par elle enfin qu'il aboutit, à force de renoncements, à ce monstrueux égoïsme de l'âme, qui, ne songeant plus qu'à elle-même, ne vit plus qu'en espérance et ne trouve de soutien, parmi les épreuves de l'existence, que dans l'espoir de la vengeance divine sur les méchants, dans une ardente aspiration à la mort et une impatiente attente du repos en Christ. Que, par la pensée, on la fasse disparaître, cette idée tyrannique; qu'on imagine que Tertullien, croyant, comme tout chrétien, à la fin du monde, la recule dans cet inconnu que les instincts de l'homme se chargeront de faire indistinct et lointain, on voit quelles conséquences s'en suivent. Il peut se reprendre à la vie : il y apportera toujours un esprit personnel de rigueur etd'abstention, de prudence aussi, qui l'éloignera des compromis déjà si communs de son temps et si inquiétants pour le vrai chrétien ; par ces traits, il gardera parmi ses frères quelque singularité; mais ses interdictions tombent ou se tempèrent toutes. Ce qui n'est pas défendu peut devenir permis; ce qui est permis peut devenir expédient, en tous cas indifférent; et cela est la chose essentielle. L'Antéchrist ne frappe pas à la porte, Dieu sourit encore, le fidèle peut se plaire ici-bas; il peut y aimer et y jouir des biens du Seigneur : il en a le temps. Il lui est permis d'espérer que sa foi gagnera l'Etat luimême et rien alors ne s'opposera plus à ce qu'il le serve, à la seule condition de prendre toujours conseil de sa conscience et non de la légère opinion des hommes; il s'interdira seulement d'être soldat, car un soldat tue et la loi suprême du Christ est une loi d'amour, je ne crois pas que Tertullien puisse faire de concession sur ce point, mais c'est à peu près le seul. Le chrétien fuira les vices qui souillent l'âme, il bannira de son cœur tous les sentiments violents, comme,
58o CONCLUSION
de sa vie, les mesures extrêmes et marchant ici-bas d'un pas calme et tranquille, il tiendra ses yeux constamment fixés sur un idéal de modération et de sagesse confiante; la mort le prendra quand il plaira à Dieu ; il quittera la terre comme il l'aura habitée, avec sérénité, avec une résignation si pleine d'espérance que la douleur des siens en sera tout apaisée. Ce chrétien-là, faut-il le faire remarquer, c'est à peu de chose près, celui qu'imagine Clément, le bon Alexandrin, Grec toujours et presque malgré lui, incliné à aimer la lumière du jour et à louer Dieu dans ses œuvres. Celui-là est un fils de S. Paul et un disciple selon le cœur du Maître. Ce n'est pas le doux Nazaréen qui inspire TertuUien ; c'est le Dieu des Juifs, celui qui fait peur et qui frappe, plus qu'il n'encourage et ne-pardonne, c'est le Père des judéo-chrétiens de la première heure.
II, — Nous avons donc la notion de la place qu'occupent les sentiments de TertuUien, dans l'évolution des idées chrétiennes jusqu'au ni*^ siècle, il nous reste à nous rendre compte de leur portée, tant au point de vue des chrétiens et de l'Église qu'à celui des païens.
De son temps, ils prolongent, avec une force singulière, les désirs d'isolement du monde et d'abstraction de la nature, si profondément enfoncés dans le cœur des plus austères d'entre les premiers frères; ils séparent le chrétien de l'homme et du citoyen, cherchent à lui rendre la vie intolérable et y réussissent quelquefois; ils lui proposent un idéal inaccessible, déjà écarté par le commun des fidèles et qui est seulement capable de susciter des martyrs. Je ne serais pas surpris qu'il en ait, en effet, engendré et que le martyrologe d'Afrique ne porte les noms de plus d'un Tertullianiste. J'ai signalé plus haut la relation qui existe entre les sentiments exprimés dans les Actes de S. Maximilien et ceux que nous rencontrons dans le De corona militis ' .
Si, durant sa vie, il prépara des martyrs, TertuUien, après sa mort, contribua à faire des moines. Nul, en effet, d'entre les Pères, n'a plus que lui habitué les chrétiens à placer au-dessus des habitudes communes et moyennes cet idéal monacal qui fut pour l'Église, pour l'Etat chrétien, pour la société antique, comme une porte de sûreté, par laquelle sortirent discrètement du siècle tous les fidèles qui n'eurent point le courage de le tolérer. Voyez le portrait que le biographe de S. Ephrcm nous trace de ce Père illustre \ « Depuis