Voy. le chap. relatif au service militaire
2. J'en emprunte la traduction à M. Duval, La Littérature Syriaque, Paris, 1899, in-i2, p. 332.
son entrée dans la vie monastique jusqu'à la Hn de sa vie, il ne mangea que du pain d'orge et des légumes secs, quelquefois des légumes verts. Il ne buvait que de l'eau, son corps était desséché sur ses os, semblable à un tesson d'argile. Son vêtement était formé de nombreux morceaux, couleur de fumier. Il était petit de taille, son visage était toujours sévère, jamais il ne riait. » Ne voilà-t-il pas un homme qui a léduit son humanité au minimum absolument indispensable et n'avons-nous pas l'impression que Tertullien l'admirerait? Il réalisait, en effet, son idéal, car, à la contrainte qu'il savait exercer sur son corps, il joignait une grande charité et un grand zèle pour la défense de la vérité. Les moines seront donc, dans l'Église, les seuls vrais chrétiens selon le cœur de Tertullien. Ce résultat était sans doute inévitable, mais il n'était pas selon son désir, car jamais il n'avait voulu restreindre ainsi la portée pratique de ses idées ; c'est à la chrétienté entière et pas seulement à un couvent qu'il les voulait étendre ; c'était le trahir que de faire de ses œuvres le manuel du sermonnaire ou le vade-mecum du cénobite.
Au iV siècle, c'en est fait, les idées de Tertullien sont définitivement condamnées par l'Église, ou du moins écartées du chemin du commun des fidèles; tout ce qu'elles ont d'incompatible avec la pratique que veut maintenir le gouvernement des chrétiens, est accentué dans la déclaration finale du concile de Gangres '. « Nous écrivons ces choses, non pas pour retrancher ceux qui, dans l'Eglise de Dieu, veulent, suivant les Écritures, s'exercer à la continence et à la piété, mais bien ceux qui, sous prétexte d'exercice, se laissent aller à l'arrogance à l'égard des fidèles qui vivent en plus grande simplicité, ceux là qui, contre les Écritures et les canons de l'Église, introduisent des nouveautés. Ainsi la virginité qu'accompagne l'humilité, nous l'admirons; et la continence, qui est gardée avec piété et gravité, nous l'admettons; quand l'éloignement des affaires du siècle s'accomplit avec humilité, nous le révérons; nous honorons une honorable union de mariage et nous ne vilipendons pas les richesses possédées en toute justice et en toute bienfaisance; les vêtements vulgaires, quand on les adopte afin de donner au corps le moins possible de soins raffinés et absorbants, nous les louons et nous sommes opposés aux allures dissolues et molles affichées par le costume ; et les demeures de Dieu nous les honorons ; et ceux qui y vivent en commun, nous estimons qu'ils font œuvre sainte et utile; mais nous n'enfermons pas la piété dans ces demeures, jugeant digne d'honneur tout édifice élevé au nom de Dieu, nous